Montebourg : amande amère ? [par Yann Kerveno]

À défaut de courir la campagne électorale, Arnaud Montebourg court dans la vraie campagne en VRP. Ce qu’il a à vendre, c’est un projet de production d’amandes pour lequel il amène des finances et cherche des terres et les agriculteurs qui vont avec.

L’amande n’est pas forcément amère mais elle a le don de délier les langues. Venu vanter les mérites de son système de financement des vergers avec la Compagnie des Amandes, l’ancien ministre Arnaud Montebourg a tenu trois réunions la semaine passée dans le département. Pour tenter de séduire quelques producteurs qui ajouteraient des surfaces à celles déjà contractualisées ailleurs en France avec un système quasi-clé en main et présenté comme gagnant – gagnant. C’est vrai que les chiffres sont éloquents, quand nous consommons en France plus de 40 000 tonnes d’amandes il s’en produit… 800 tonnes.

Président de la Melba, Jean-Pierre Bails avait rencontré Arnaud Montebourg, il y a quelques années maintenant aux prémices du projet, mais sans donner suite, préférant développer la production de son côté avec les adhérents de la coopérative. La Melba dispose aujourd’hui de 160 hectares d’amandiers, s’est équipée d’une trieuse pour permettre aux producteurs de ramasser les amandes au sol s’ils ne sont pas équipés…

Métayage moderne

“Nos producteurs continuent à planter tous les ans et nous discutons avec d’autres producteurs, dans l’Aude, qui, s’ils nous rejoignent, porteraient le verger à 300 hectares” explique Jean-Pierre Bails. La coopérative s’est aussi équipée d’une petite casserie installée à Espira de l’Agly et transforme une partie de sa production en crème d’amande quand le reste est vendu en coque ou au secteur de la boulangerie et de la confiserie. Et que pense-t-il du projet Montebourg ? “Ce qu’il propose, c’est un peu une forme de métayage moderne, voilà, la seule différence, c’est qu’il est malin, il sait trouver des financements partout, récupère les primes carbones pour la plantation quand nous ne nous les touchons pas parce que nous reconvertissons des vergers de pêchers. Je crois aussi qu’il ne faut pas se rater, parce que si tu veux t’équiper pour récolter, il faut un minimum de surfaces. Et puis il y a le problème de l’eau, parcequ’il en faut quand même pour récolter.”

“C’est un système qui peut intéresser des gens qui ne sont pas agriculteurs, qui ont des terres et qui ne savent pas quoi en faire” fait remarquer un autre arboriculteur du département qui a, lui aussi, rencontré Montebourg il y a quelques années lorsqu’il avait fait une première tentative. “Parce que 2 500 euros à l’hectare et par an, franchement, un agriculteur peut faire beaucoup mieux avec d’autres productions” persifle-t-il avant de clouer le cercueil, “Montebourg fait le show mais derrière, ils sont là pour faire des affaires et pas de la tendresse.”

Que sera le marché dans 25 ans ?

En Salanque, Élisabeth Bonnet a vu rouge quand elle a écouté Arnaud Montebourg. “Ce n’est pas possible que le futur de l’agriculture se résume à cela, à de la finance” tempête-t-elle. “Il est impensable que la souveraineté alimentaire passe par des capitaux privés de la sorte, ce n’est pas avec ça que l’on va sauver l’agriculture française !” Elle pointe du doigt l’engagement sur 25 ans : “jamais dans l’industrie on ne contractualise sur une durée aussi longue ! Et si le marché est porteur, qui peut dire qu’il le sera tout autant d’ici-là ? Nous ne sommes pas à l’abri que les Espagnols viennent à planter eux aussi des amandiers et mettre le marché en l’air” relève-t-elle. “Ok, le capital de départ c’est 2 500 euros mais une fois que tu as les arbres, si jamais le projet fait long feu, il se passe quoi ?” Elle déplore surtout que la France “ne soit pas dotée, comme l’Espagne justement, d’une politique agricole digne de ce nom, je ne pense pas que l’agriculture française s’en sortira par la finance” ajoute-t-elle avant de regretter que les syndicats agricoles n’aient pas réagi à ce propos.

Reste maintenant à savoir si Arnaud Montebourg laissera des messages sur les répondeurs des agriculteurs du département quand il viendra aux nouvelles !

Un engouement certain

L’amande suscite beaucoup de convoitises et génère beaucoup d’expériences. Ancien d’Ille fruits et de la filière bio du département, Rémy Frissant développe pour sa part un autre système avec l’aide de financements extérieurs. Avec son associé, ils ont également lancé une campagne de financement participatif et disposent aujourd’hui d’une vingtaine d’hectares d’amandiers du côté d’Aix en Provence, sur des terres en location. Ils ont aussi acheté 80 hectares en Lot-et-Garonne, pour planter des amandiers et des noisetiers…

“Notre propos est de produire, mais surtout de produire différemment” explique-t-il “en basant tout sur la bio, bien sûr, mais au-delà de cela, sur le sol et la vie du sol, les bactéries, les mycorhizes.” Avec des choix parfois osés, couverture du rang par des mulsh, irrigation en goutte à goutte enterré… “Nous progressons, nous affinons le système, les premiers vergers que nous avons plantés à Aix, ils entrent en production cette année, étaient en quelque sorte la V1, là nous plantons la V2 et la V3 est en préparation” détaille-t-il. À terme, il vise 200 à 300 hectares. Pour prouver qu’on peut faire de l’agriculture différemment à grande échelle.

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