Modat met du vin en canettes (Par Yann Kerveno)

Le domaine bio de Cassagnes poursuit ses expérimentations. Après les couverts végétaux, les frères Modat mettent le vin en canettes.

C’est l’histoire d’une rencontre, d’une commune passion pour l’innovation, les chemins à défricher, voire déchiffrer. L’étincelle a été ramenée sur le domaine par Luca Espilondo. “Luca a déjà travaillé chez nous il y a quelques années, mais plutôt sur la partie commerciale” explique Louis Modat, “et quand il a cherché une entreprise pour l’accueillir dans la suite de sa formation, mais plutôt côté vigne, c’était presque naturel qu’il revienne chez nous. Ça m’arrangeait même puisqu’il devait arriver et être là pour les vendanges et que moi j’allais être papa pile à ce moment-là, c’était rassurant d’avoir quelqu’un qui connaisse notre domaine et notre travail, le style de ce que nous faisons…” D’autant qu’il n’est pas venu les mains vides mais avec un projet qu’il mûrit sagement depuis plusieurs années. Ce projet, c’est donc de mettre du vin en canettes. “Ce que j’ai envie de faire, c’est de monter un négoce, mais surtout de pouvoir remonter dans le processus, d’être négociant vinificateur” explique Luca qui est allé chercher de nouvelles expériences en Nouvelle-Zélande après avoir donc œuvré une première fois avec Louis et Quentin Modat.

Grenache

Le vin qu’ils ont mis en canette n’a rien à voir avec le reste de la production du domaine. “Nous avons développé quelque chose de spécifique en y dédiant une cuve” ajoute Louis Modat. Avec un cépage grenache. “C’est une macération carbonique qui dure neuf jours, puis un passage rapide au pressoir, c’est une méthode de rosé, en gros, qui va nous permettre d’aller chercher du fruit, de la légèreté, un profil de vin presque primeur, mais sans avoir à récolter des raisins qui ne seraient pas complètement mûrs” ajoute Luca. Une fois en canette, le vin ne bouge plus puisque le contenant est hermétique à 99,8 %.

Les 20 hectolitres produits ont permis de produire 8 000 canettes pour cette expérience. Elles ont été présentées à Wine Paris en février et ont suscité plus de curiosité que de réticence assure Quentin Modat. “L’idée c’est de vendre la canette à 6 euros TTC, cela fait donc 3 euros le verre, et en restaurant cela doit pouvoir se vendre entre 8 et 10 euros” détaille-t-il ensuite. Sur quels marchés compte-t-il justement ? “Typiquement, c’est destiné à des gens qui bougent, aiment le vin mais ne veulent pas ou ne peuvent pas s’encombrer d’une bouteille en verre. C’est fait pour être mis dans le sac quand on va faire du ski, de la randonnée, cela peut être servi dans les festivals, vendu par la vente à emporter, le street food de qualité… Notre ambition c’est d’amener une nouvelle qualité, avec un vin bio, bon et gouleyant.”

Pas de goût de fer

Luca ajoute : “On ne cherche pas à remplacer la bouteille mais bien à proposer un produit pour des moments de consommation différents.” Quant à Louis, il voit aussi plus loin. “Ce peut-être un moyen d’approcher une clientèle plus jeune, qu’on sait moins intéressée par le vin que par d’autres boissons, et que nous amèneront peut-être vers nos vins plus tard, dans dix ou quinze ans.”
S’ils ne sont pas les premiers à tenter cette aventure du vin en canette en France, ils revendiquent toutefois d’être les premiers à avoir développé un vin de qualité à cet effet, et bio qui plus est. Ils vantent également les qualités de l’aluminium, qui se recycle entièrement et à l’infini au contraire du verre, un argument qui plaide dans le contexte de changement climatique actuel. Quant aux sceptiques qui imaginent que le vin puisse embarquer un “goût de fer”, aucun risque “parce que l’intérieur de la canette est recouvert d’un film alimentaire” précisent les vignerons. Reste toutefois quelques expériences à mener avec les beaux jours, la question de la température et de l’impact de la chaleur sur le vin contenu dans la canette. Réponse avec le printemps !

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