Maintien de l’activité vétérinaire en zone rurale : une dure réalité ! [par Thierry Masdéu]

Si le métier de vétérinaire occupe toujours une place de choix dans le top 5 des métiers préférés chez les jeunes, le constat est sans appel : depuis les années 2000, la France manque continuellement d’effectifs. De plus, la répartition entre les praticiens de la “Canine”, qui soignent les animaux de compagnie, reste très largement majoritaire à celle des animaux de rente ou équidés, plus communément dénommée la “Rurale” (voir encadré).

Une spécialisation au service des éleveurs qui, selon les données de l’atlas démographique 2022 de la profession, représente depuis 2017 moins de 17,30 % du total des praticiens inscrits. Un déséquilibre en constante baisse qui handicape sévèrement de nombreuses zones rurales, comme dans les Fenouillèdes, où l’absence de vétérinaire peut compromettre le maintien des élevages sur zone.
Fait remarquable, cette pénurie n’affecte pas pour le moment les éleveurs des contrées de Cerdagne et Capcir, bien desservies par un groupement de 6 vétérinaires et 4 assistantes spécialisées. Basée à Bourg-Madame, cette équipe soignante de la clinique du Mas Piques fait figure, dans une conjoncture généralisée de désertions rurales, d’exception. “À vrai dire, jusqu’à présent notre structure arrive à bien tourner. Et notre exemple est un cas isolé, tant au niveau départemental pour ce qui est de la rurale, qu’au niveau national pour la partie recrutements !” témoigne avec retenue le Dr Julien Guillot, l’un des quatre vétérinaires associés de cette petite clinique cerdane, qui pratique aussi la Canine.

Dr Fanny Sourroque – Sabrina Van Santvoort Willens

Mais revers de cette médaille, le nombre (élevé) de praticiens, associé à une demande constante et croissante de l’activité, font que les locaux de cette structure ne sont plus du tout adaptés. Une cause à effet qui a déjà engendré la suspension de certains soins. “Par exemple, l’accueil dans mon bureau, de veaux atteints d’hypothermie ou de diarrhée néonatale, que nous transformions en salle d’hospitalisation, avec, vous l’imaginez bien, tous les désagréments que cela occasionne, n’était plus sereinement acceptable !” évoque avec à la fois un sentiment de gène et de soulagement ce praticien qui tenait, tout comme ses associés, à préserver au complet l’équipe des soignantes. “D’autant qu’au niveau des conditions de travail, la situation devenait intenable pour nos assistantes, au risque qu’elles finissent par se décourager, partent exercer ailleurs et nous obligent à restreindre l’activité !”

“Canine” et “Rurale”, deux activités complémentaires qui doivent être soutenues

Choix difficiles à prendre, que ces vétérinaires souhaitent temporaires dans l’attente de la création d’une nouvelle clinique, envisagée sur un terrain de la commune d’Err. Une structure attenante à la Coopérative catalane des éleveurs et de Cimelait, dotée d’équipements plus adaptés. Comme par exemple un double accueil, indispensable pour prendre en charge séparément les animaux de la Rurale et de la Canine.
Une promiscuité entre la clientèle de particuliers et le milieu agricole qui occasionne parfois des situations cocasses… “Quand vous avez une barcelonaise qui arrive avec son Chihuahua pour des soins et se retrouve face à un éleveur en tenue de travail avec ses bottes directement sorti de l’élevage, ou qu’elle entrevoie malencontreusement une autopsie de brebis, il y a comme qui dirait un petit conflit entre deux mondes (rires…) ! ”

Un malaise que ces praticiens souhaitent résoudre au plus vite. “Nous sommes conscients que la Canine contribue également à faire bouillir la marmite et nous devons aussi la préserver. C’est primordial, car cette activité permet aux éleveurs d’avoir encore des vétérinaires présents sur zone !” Avec un premier chiffrage qui s’élèverait à 1,4 million d’euros, les locataires de la clinique du Mas Piques espèrent, suite à l’arrêté du 8 novembre 2021 dans le cadre de la loi DDADUE, pouvoir obtenir des aides financières. Des fonds dédiés, que les collectivités territoriales et leurs groupements sont autorisés à délivrer pour le maintien du maillage vétérinaire dans les territoires ruraux. “Encore faut-il, dans les démarches administratives, identifier clairement le ou les bons interlocuteurs !” tient à déplorer le Dr Julien Guillot, qui jusqu’à présent trouve porte close à la Région, où l’activité de vétérinaire n’est toujours pas actualisée sur les programmes d’ayants droits.

De par son agencement, ce futur établissement permettrait aussi d’optimiser les temps d’intervention, et notamment sur certains actes de la Rurale. “L’idée serait que l’on puisse non pas retrouver une équivalence de rentabilité économique avec les soins de la Canine, mais plutôt un équilibre financier au temps passé. Comme par exemple devoir prendre toute une matinée pour consulter une vache sur un alpage qui a un œil blanc parce qu’elle est atteinte d’une kératoconjonctivite et risque de perdre son œil, alors que si nous l’accueillons à la clinique, en un quart d’heure le soin est donné !” Si ce projet de nouvelle clinique n’est pas accompagné d’aides et de garanties financières, les vétérinaires alertent sur l’issue peu probable d’un maintien optimal de leurs activités concernant les soins aux animaux de rente et équidés. Après les déserts médicaux qui isolent les habitants ruraux, cette nouvelle épée de Damoclès pourrait affecter gravement les éleveurs. À suivre…

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