Lettre au Pape François [par Jean-Paul Pelras]

Très Saint Père,
pour écrire à Votre Sainteté, j’ai dû consulter le protocole et les formules devant être usitées lorsque l’on s’adresse au successeur de Saint Pierre, au Vicaire de Jésus Christ. Veuillez excuser, à ce propos, les maladresses éventuelles d’un modeste écrivain de campagne peu rompu aux subtilités apostoliques et autres aménités pontificales.
L’objet de ce courrier risque de vous surprendre car je viens solliciter vos services pour interférer auprès du président de la République Française. Emmanuel Macron qui ne s’est embarrassé ni d’urbanité, ni de bienséance pour s’adresser à vous, le 26 novembre dernier, puisqu’il s’est tout simplement permis de vous tutoyer en vous offrant deux livres consacrés à Ignace de Loyola. “Que tu connais mieux que moi” a donc rajouté le premier d’entre nous en commentant les ouvrages. Quoi de plus naturel que cette familiarité entre chefs d’États pour Jupiter, s’adressant à Jorge Bergoglio, Serviteur des serviteurs de Dieu.

Le locataire de l’Élysée nous a ainsi habitué, tantôt plaqué contre le râble humide et dépoitraillé de quelques jeunes gens, tantôt gambadant dans les jardins du Palais avec deux youtubeurs surexcités, à casser les codes dus à son rang. C’était l’époque des gages et des doigts d’honneur antillais, annonciateurs d’un désamour que même la promesse d’une “autonomie” ne saurait juguler.
Pourriez-vous, à ce titre, Votre Sainteté, transmettre ce petit message à notre président probablement préoccupé par sa réélection dans un contexte où, selon ses coéquipiers, l’économie repart, l’inflation n’est qu’une vue de l’esprit, le déficit extérieur un pis-aller, les troubles en Guadeloupe des émeutes qu’il faut condamner et le règlement de la crise sanitaire tout un peuple qu’il faut vacciner. Nonobstant ces turbulences ultramarines et les mesures coercitives qui les ont suscitées, notre pays connaît actuellement une vague de difficultés reléguées bien souvent en arrière-plan de l’actualité. En voici quelques-unes : la liquidation judiciaire de la fonderie aveyronnaise Sam. 333 emplois sur le carreau. 400 supplémentaires chez Benteler dans l’Yonne, 208 chez PPG à Bezons dans le Val d’Oise, 583 chez TUI dans le secteur du tourisme, 283 dans celui de l’agroalimentaire dans l’Essonne chez Bergams , 2 300 planifiés sur 3 ans chez Michelin, sans oublier, pour ne citer que ces avaries hebdomadaires, les marins pêcheurs victimes d’une diplomatie qui vient de baisser pavillon au large de l’Angleterre.
Si Votre Sainteté pouvait intercéder auprès de Monsieur Macron pour lui signaler ces désagréments, un grand nombre de Français, vous en seraient infiniment reconnaissants.

Ces Français qui en ont assez des atermoiements à répétition, des contradictions politico-scientifiques, des injonctions de l’injection, des campagnes médiatiques infantilisantes et subventionnées, des verbalisations à géométrie variable, selon qu’ils osent se rendre dans un petit bistrot de campagne sans laisser-passer ou dans un grand meeting politique quand aucun sauf conduit ne leur sera demandé. Ces Français qui ne vont même plus voter car l’intérêt de la Nation compte moins que le résultat des compétitions. Ces Français fatigués, démoralisés, désociabilisés qui, lorsque le “quoi qu’il en coûte” aura fait long feu dans les vicissitudes de l’économie, finiront en règle mais ruinés.
Ces Français qui demandent un peu plus de considération, un peu moins d’arrogance, un peu plus d’attention, un peu moins de condescendance. Car ils doutent, car ils n’ont plus confiance, car ils n’osent plus contester. Car ils ont presque peur de déranger.

Espérant pouvoir compter sur votre précieux relais, je prie Votre Sainteté de daigner agréer l’hommage de mon très profond respect.

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