Lettre au futur Premier ministre de France [par Jean-Paul Pelras]

Madame, monsieur,
d’ici quelques jours (ou quelques semaines) vous deviendrez donc le ou la 25e Premier(e) ministre à officier sous la Cinquième République. Un poste dont la durée n’est pas explicitée dans le bail, puisqu’elle peut varier de quelques semaines, comme avec Bernard Cazeneuve qui resta à Matignon 5 mois et 9 jours, à plusieurs années avec Georges Pompidou qui exerça cette fonction pendant 6 ans, 2 mois et 26 jours. Mais peu importe la durée puisque, comme le faisait remarquer l’un de mes confrères, non sans une certaine complaisance à l’égard de votre prédécesseur de toute évidence pressé de transmettre le relais, le rôle est “sacrificiel”.

Vous voilà donc assis près de la petite commode Bovary ou faisant les cent pas du vestibule au balcon, attendant ce coup de téléphone qui fera basculer votre vie dans l’histoire de notre Nation. Oui, vous voilà espérant, comme au bon vieux temps des monarques désignant leurs vassaux, le signe qui fera de vous la cheville ouvrière du nouveau quinquennat, la figure tutélaire d’une politique dont 3 Français sur 4 ne veulent pas. C’est dire la portée de la “charge” et le degré d’autoflagellation que vous allez vous infliger si l’on considère le sentiment de rejet qu’éprouve une grande partie de la population à l’égard de ceux qui sont censés la gouverner. Petite consolation, vous n’êtes pas le seul, ou la seule, à vouloir faire preuve de dévouement, d’abnégation, de désintéressement, d’oblativité. Pour s’en convaincre, il suffisait d’observer ce grand moment de démocratie que fut l’intronisation (terme plus approprié qu’investiture) d’Emmanuel Macron.
Cérémonie dont nous garderons le souvenir, au premier plan, d’une Roselyne Bachelot toute de vert pistache revêtue. Figure désormais incontournable d’un club indéboulonnable qui, depuis des décennies, s’accroche au bastingage sans se préoccuper des idées du capiston, pourvu que le canot de sauvetage soit fourni avec la transaction.

Les ténèbres de Matignon

Figurant parmi les figurants, revendiquant son titre d’ancien Premier ministre et espérant peut-être secrètement le renouvellement de l’exploit, le désormais incontournable Manuel Valls. Lequel, exilé quelques temps outre-Pyrénées, revient en déclarant, pour cirer les pompes de celui qui vient de lui accorder l’investiture aux législatives : “Je me retrouve très bien, depuis 5 ans, dans cette volonté de rassembler les Français”. Ou comment vouloir exister à tout prix, y compris lorsque la table est desservie. Aznavour n’aurait pas dit mieux, ils sont venus, ils sont tous là, d’Hidalgo à Hollande, de Philippe (peu rancunier) à Raffarin (comblé), de Fabius, bien sûr, irréprochable en maître de cérémonie, en passant par Lang et Sarkozy et jusqu’à Parker et Cluzet pour que soit représentés le sport et la comédie.

Y avait-il, quelques concurrents dans l’assistance ? Probablement, parmi les sortants et les sortantes d’un gouvernement, à bien y regarder, plus disposé à l’asservissement qu’à la Renaissance.
À moins que le danger ne vienne d’ailleurs. Et plus précisément de la Nupes, Nouvelle union populaire écologique et sociale, avec, que les Socialistes et les Communistes le veuillent ou non, Mélenchon pour diriger les opérations. Mélenchon qui déclarait récemment ne pas souhaiter être candidat “puisque 6 Premiers ministres sur 24 ne l’étaient pas”. Petite phrase qui nous renseigne sur la grosseur du melon de celui qui se voit déjà accrochant les portraits de Chavez et de Castro dans ce qui pourrait devenir les ténèbres de Matignon.
La bataille s’annonce donc rocambolesque et, même si certaines et certains d’entre vous ont déjà décliné l’invitation, les ors de la République, ou de ce qu’il en reste, n’ont pas fini de voir défiler courtisanes et courtisans qui, pour ce roi ensoleillé (et soi-disant pour le peuple français…) sont prêts à tout renier, y compris leur conscience, leurs idées et leur dignité.

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