Lettre à quelques « terrassés » (Par Jean-Paul Pelras)

Comment ne pas revenir avec allégresse et béatitude sur cette journée historique du 19 mai dernier. Date anniversaire qui restera dans la mémoire collective comme étant celle d’un armistice décrété après 6 mois et demi de privations, d’enfermement, de contention.

Pour célébrer la fin de cette éprouvante période, les chefs de guerre s’étaient donné rendez-vous en terrasse, lieu prohibé jusqu’ici car trop exposé, entre deux couvres feux salvateurs, aux bombardements viraux.

Parmi les hauts gradés (par les temps qui vont, évitons le terme de « généraux ») nous retrouvons Macron et Castex qui dégustent courageusement leur premier café, rue Miromesnil sur le coup de 8h30.  Là où, la veille encore et au même endroit, ils auraient risqué pour leur santé. Arrivent ensuite les subalternes parmi lesquels Le Maire à Saint Germain des Prés. Et, toujours à Lutèce où le café doit être meilleur que partout ailleurs dans l’hexagone, Lemoyne, Klinkert, Beaune, Djebbari ou, entre autres membres émérites de ce régiment d’élites, Marlène Schiappa. Des actes de bravoure qui n’ont bien sûr pas échappé au prisme des médias venus photographier et interviewer ces ministres et autres secrétaires d’Etat « terrassés » par la joie retrouvée en plein Paris libéré. 

La France émue aux larmes par tant de sacrifice s’est donc précipitée à son tour sur ce qu’il restait de tabourets et de chaises cannées pour célébrer ce jour de gloire à même le trottoir. Une France de toute évidence coupée en deux, avec ceux qui avaient le temps d’aller siroter leur mojito de 6 heures du matin à 9 heures du soir et ceux qui n’ont pas pu profiter de ce jour férié car ils avaient la malchance d’avoir encore un peu de boulot.

C’est donc aux élus que la patrie reconnaissante a levé sa chope, sa tasse, son ballon, sa pinte, son godet, sa flûte, sa coupe, son gobelet, faisant table rase du pire, le bonheur étant désormais dans le kir.

« J’ai envie de vous dire : habituons-nous à essayer de vivre ensemble le temps présent » déclarait ce matin-là, entre deux gorgées de petit noir, le premier d’entre nous. Faut-il, puisque est revenu le temps des dégustations, boire ces paroles sans modération ou y déceler un message en forme de parenthèses qui, passé le temps des élections, nous renverrait, coucouche-panier, à la maison.

Car ce « temps présent » à tout de même de quoi inquiéter ceux qui ont aussi envie de vivre le temps d’après. Siroter jusqu’à la lie ce cocktail cinématographique où il ne manquait que Salomon et Delfraissy pour sublimer la comédie, suffira t-il à convaincre ceux qui trouvent les ficelles un peu trop grassouillettes pour être totalement honnêtes. Quand, passé le temps des génuflexions, adviendra, quoi qu’il en coûte, celui de l’addition.

Jean-Paul Pelras

 

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