Lettre à quelques candidat(e)s (Par Jean-Paul Pelras)

Mesdames, messieurs,

depuis quelques jours je reçois du courrier, beaucoup de courrier. Il m’est adressé par des gens que je ne connais pas ou que je connais peu. Souriants et décontractés, vous posez en équipe devant un site bucolique ou un fond de ciel bleu. Mais le plus émouvant, voyez-vous, c’est ce que vous me dites. Car les mots employés sont bouleversants. « Solidarité, disponibilité, entraide, cohésion, justice, équité, attractivité, construction, développement, famille, éducation, écoute, présence, sécurité, santé, compréhension, transport, protection, autonomie, culture, environnement, démocratie, pragmatisme, citoyen, promotion, emploi, patrimoine, écologie, valeurs, soutien, proximité … »

Rares, vous en conviendrez, sont les occasions où l’on peut se sentir choyé et considéré dans de telles proportions. Incontestablement, vous me voulez du bien. Au passage, car il faut amortir le timbre, vous en profitez pour critiquer  ceux qui ne sont pas parvenus à embellir mon quotidien.

Il m’est arrivé de relire plusieurs fois certaines lettres un mouchoir à portée de main tant l’émotion était palpable. Comment ne pas succomber, en effet, à tant d’égard, à tant de respect, à tant d’attention, à tant d’altruisme désintéressé, à tant de passions charitables ?

Rares sont les occasions, dans une vie, où il nous est donné la possibilité de croiser pareils bienfaiteurs qui, la main sur le cœur, se sacrifient pour nous aider. Un élan de générosité tellement spontané que certains esprits chagrins y décèleront quelques manoeuvres orientées, quelques procédés suspects.

Ce serait bien méconnaitre la nature humaine que d’entrevoir derrière votre munificence l’ombre d’un quelconque intérêt, la nuance d’une habileté, le moindre vice caché. Tout chez vous n’est que bonté et sincérité. Et si le culte des idées prévaut parfois sur le principe des réalités, c’est tout simplement car le rêve et l’illusion sont encore autorisés.

Sans aller jusqu’à dire que je classe vos lettres dans ma bibliothèque entre les œuvres de Camus, de D’Ormesson, de Chabrol, de Jean Carrière, de Tabucchi ou de Cesbron, je leur réserve un emplacement où cette précieuse littérature sera, ad vitam aeternam, religieusement conservée.

Je vois ainsi revenir des visages que les épreuves du temps et celles des compétitions ont à peine altéré et d’autres condamnés à disparaître à jamais dans les limbes de quelques combats prématurément avortés.

D’une correspondance à l’autre, la trame du courrier n’évolue guère et procure toujours le même sentiment de sérénité, la même sensation salutaire. Il faut, je le conseille à mes amis, parents et alliés, relire cet exercice épistolaire pour se ressourcer, vivre un instant de bonheur, quelques minutes d’indescriptible bienfait. Et considérer qu’il s’agit d’une thérapie pour lutter contre les mauvais jours et les mauvaises pensées.

Ensuite, bien sûr, une fois requinqués, il nous faut reprendre le travail. Celui qui fait que cette société peut encore avancer, loin, bien loin de ces troublantes professions de foi postées par celles et ceux qui n’ont, et c’est ce qui n’est pas stipulé dans le contrat, aucune obligation de résultat.

Jean-Paul Pelras

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