Les producteurs de porcs pris en tenaille [par Yann Kerveno]

Le prix de l’aliment flambe mettant en danger les trésoreries et les comptes des éleveurs.

Si la situation était déjà tendue avant la guerre en Ukraine, cette dernière vient compliquer la vie des éleveurs en faisant exploser les prix de l’aliment. Pour les producteurs de porcs du département, en particulier en plein air, l’étau est déjà très serré. À Eus, Alexandre et Aurore Torra ont beau tourner l’affaire dans tous les sens, ils ne voient pas bien comment ils vont pouvoir s’en sortir aujourd’hui sans un coup de main, sans une aide. Président du syndicat porcin du département, il assure que tous les élevages en vente directe en sont au même point. À regarder les factures d’aliment grossir en même temps que les cochons. “Tout a augmenté depuis deux ans, mais le prix de l’aliment ce n’est plus tenable. Il y a deux ans, on était à 255 euros la tonne. La semaine dernière, c’était à 310, là ça va prendre 18 euros et les fabricants annoncent encore 30 euros de plus d’ici à l’été” explique-t-il. Ce qui mènera le prix à près de 360 euros…

“Les fabricants en sont au point de garantir le prix d’une semaine sur l’autre si on s’engage, mais sont aussi prêts à appliquer des pénalités si les engagements ne sont pas tenus…” Mais pour s’engager, encore faut-il avoir la trésorerie disponible… Quelles solutions alors ? Diminuer le nombre de cochons présents ? “Non, c’est difficile, nous sommes de jeunes installés, nous avons des engagements que nous devons tenir, il ne nous est pas possible actuellement de baisser la production”. Augmenter le prix au consommateur ? C’est oublier que les consommateurs sont, eux aussi, soumis à des augmentations, qu’ils risquent de moins consommer et cela fait peser le risque de devenir trop cher…

Covid

Il pointe du doigt également une forme d’injustice. “Nous ne faisons pas partie de la PAC et nous ne voulons pas en faire partie, mais il faut savoir comment cela se passe. Quand nous construisons un bâtiment par exemple, nous pouvons être subventionnés à hauteur de 40 % sur 100 000 euros quand un éleveur de bovins sera lui subventionné à 40 % sur l’ensemble de son investissement. Pourquoi ne nous aide-t-on pas un peu plus alors que nous avons besoin maintenant” ajoute-t-il.
Alexandre Torra fait aussi remarquer qu’Aurore, sa femme, est en cours d’installation mais que le dossier n’a plus rien à voir avec la réalité. “Les délais sont tellement longs que les devis qu’elle a fait faire il y a un an et demi n’ont plus rien à voir puisque les prix des matériaux ont augmenté de 30 % depuis… Nous sortons de la période Covid où nous avons demandé des étalements ou des suspensions de cotisation à la MSA, sans jamais avoir de réponses ou de refus.” Alors que faut-il faire aujourd’hui ?

“Que chacun prenne sa part”

“C’était l’année où nous devions pouvoir commencer à nous payer, nous verser un salaire et on ne peut pas, on survit en s’entraidant, avec nos parents. Je ne sais pas, si nous disons tous que nous allons arrêter d’honorer nos échéances, en même temps, peut-être que les banques se pencheront sur notre cas ?”
Du côté des producteurs qui n’ont pas choisi la vente directe mais plutôt de livrer à Guasch, la problématique est la même, ou presque. “Nous avons indexé volontairement le prix d’achat du cochon sur le prix de l’aliment” explique Stéphane Guasch de la Coopérative catalane des éleveurs. “Mais c’est vrai que nous craignons pour la suite, c’est pour cela que nous avons organisé cette réunion récemment, à Saint-Jean Pla de Corts, pour rappeler que chaque maillon de la filière devait prendre sa part de la hausse à son compte, les éleveurs, la coopérative, l’abatteur mais aussi les distributeurs, restaurateurs et consommateurs finaux” détaille-t-il. En attendant plus de soutien et des mesures d’aides, “on a vraiment besoin d’une perfusion maintenant”. Le syndicat des producteurs peut compter sur le soutien de la FDSEA 66.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.