Les PPAM : une filière jeune et attractive [par Estelle Collonges]

Depuis 2007, la Chambre d’agriculture des Pyrénées-Orientales tient un Observatoire des installations, importante base de données, qui rend compte de l’évolution des installations qu’elle accompagne. Cette semaine, focus sur la filière des Plantes à parfum aromatiques et médicinales (PPAM).

Globalement peu d’installations, mais une augmentation ces 5 dernières années

11 installations ont été accompagnées depuis 2007. C’est une des filières les moins représentées chez les jeunes installés. Pour exemple, il y a eu 26 installations en apiculture, 23 en aviculture et 21 en élevage porcin. Si elle reste une micro-filière, 7 de ces 11 installations ont eu lieu au cours des 5 dernières années.
Ces récentes installations témoignent d’un engouement pour la filière PPAM. Pour 40 % des récents installés (moins de 5 ans), elles représentent la seule activité de l’exploitation. Pour les 60 % restant c’est une activité de diversification, notamment en complément de la vigne. La succession des dégâts climatiques en viticulture ces dernières années a conduit les agriculteurs à diversifier leurs sources de revenus.

Les jeunes agriculteurs davantage tournés vers les “PPAM sèches”

Sur la totalité des installations, 80 % sont dans la filière “PPAM sèches” (plantes de garrigue), 10 % dans la filière “PPAM fraiches” (plantes aromatiques/condimentaires) et 10 % dans les deux filières.
Les nouveaux installés ont donc peu d’entrain pour les “PPAM fraiches” car cette production se situe dans des secteurs où l’accès au foncier est limité et nécessitant de l’eau. Néanmoins elles génèrent un chiffre d’affaires prévisionnel d’environ 66 000 €/ha avec le plus souvent 2 cultures par an, plusieurs coupes par culture et des frais de main d’œuvre très élevés.
Les porteurs de projets se tournent donc davantage vers les “PPAM sèches” car cette activité nécessite moins de main d’œuvre avec un foncier plus accessible. Le chiffre d’affaires prévu est compris entre 3 000 et 10 000 €/ha selon les espèces.

Un profil de jeunes agriculteurs très marqué… Création sur petites surfaces en agriculture biologique

L’ensemble des installations en PPAM correspond exclusivement à des créations d’activité et hors du cadre familial.
Ce profil explique en grande partie que 60 % des producteurs de “PPAM sèches” cultivent sur moins de 1 ha (dont 50 % sont en diversification). En effet, l’accès au foncier reste difficile et coûteux pour une personne non issue du milieu agricole. 40 % des producteurs ont tout de même une superficie supérieure à 1 ha dont le maximum est à 5 ha.
Pour plus de 90 % d’entre eux, la production se fera en agriculture biologique. La majorité des installations se fait sur des friches agricoles, nombreuses dans le département, et dont le prix reste abordable. Ce système permet une certification AB dès l’installation mais génère des difficultés techniques liées à la gestion des adventices.

… Mais aussi très hétérogène en termes de zonage, de circuits de commercialisation

La zone d’installation est très hétérogène puisque 35 % sont en zone de montagne, 35 % en zone de plaine et 30 % en zone défavorisée.
Autre fait marquant, seuls 20 % des porteurs de projets comptent transformer eux-mêmes leur production et correspondent aux installations récentes de ces 3 dernières années (contre 72 % toutes filières confondus en 2021). Ce chiffre est assez limité en raison des infrastructures disponibles sous forme de prestation de services chez d’autres producteurs du département.

Les modes de commercialisation choisis sont assez disparates puisque 20 % d’entre eux comptent commercialiser exclusivement via des circuits courts (vente directe), 35 % en circuits longs exclusivement (grossistes, distilleries, laboratoire, etc.), et 45 % qui prévoient d’utiliser les deux. Les producteurs sont plus nombreux à proposer les mêmes produits à la vente, ce qui génère de la concurrence sur les marchés. Ils tentent donc de s’organiser pour mutualiser leur production et ouvrir de nouveaux débouchés afin d’éviter une saturation du marché.

Au final, une opportunité à envisager avec prudence

En conclusion, la filière PPAM est certes marginale mais elle bénéficie d’une dynamique positive avec une augmentation des installations ces dernières années. Cet engouement est si récent qu’il n’existe pas, à ce jour, de transmission d’exploitation PPAM. La filière “PPAM sèches” doit se structurer davantage afin d’assurer sa reconnaissance par les acteurs du département. Par ailleurs, cette filière semble être une opportunité de diversification pour des filières qui rencontrent des difficultés comme la viticulture. Enfin, les suivis technico-économiques réalisés par la Chambre d’agriculture dans les années à venir offriront plus de recul sur la filière et permettront d’affiner ces premiers résultats.

Estelle Collonges
Service Entreprises
Chambre d’agriculture des P.-O.

Retrouvez les informations sur la filière PPAM sur le site de votre Chambre d’agriculture

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