Hausse du prix de l’acier et ses conséquences [par Thierry Masdéu]

Tributaire du minerai de fer, de carbone pur extrait du charbon, de chaux et d’autres matières “ingrédients” dans sa fabrication comme, entre autres, l’aluminium, le manganèse, le titane, le vanadium… Depuis 2019, l’acier accuse de très fortes hausses sur les marchés. Avec des répercutions dans les métiers de l’artisanat.

Une situation qui semble s’expliquer en partie par l’augmentation de ces métaux ingrédients mais aussi, sur la période des confinements, par un arrêt prolongé en Europe des hauts fourneaux. Dès la reprise et malgré la demande croissante, les sidérurgistes ont volontairement attendu que les stocks excédentaires s’épuisent avant de redémarrer la production. Résultat des courses, cela a eu pour effet de créer un semblant de pénurie d’acier et un affolement sur les marchés. D’autant que son prix, non coté en bourse comme les métaux précieux et non ferreux, fait l’objet, comme l’inox ou la ferraille, de contrats et négociations de gré à gré, au mois le mois, entre acheteurs et vendeurs. Un terreau fertile pour l’envolée des prix, créé par la tactique de décalage entre l’offre et la demande.

“Je ne constate pas de pénurie d’acier et dire que c’est la faute de la crise sanitaire ou de la Chine qui achète tout, ces raccourcis semblent assez naïfs ! Cette pratique, qui a entrainé la hausse des prix de l’acier, nous l’avions déjà subie lors de la crise économique en 2008” témoigne avec lucidité et agacement Bruno Vidal, président de la section métallerie serrurerie ferronnerie de la CAPEB des P.-O. “À l’époque, certaines fournitures d’acier avaient subi une majoration de 30 % à 40 %, mais sur une durée plus courte qui n’a pas excédé 6 mois. Et ensuite, le cours était redescendu plus bas qu’au début des hausses !” Cette fois, les artisans du secteur ne font plus face à une envolée éphémère mais à une crise tarifaire constante et en perpétuelle augmentation. “Avant la crise sanitaire, entre 2018 et 2019 notre matière première avait déjà pris une majoration de 23 %, et entre 2020 et 2021, la hausse est passée à 31 % ! ” constate amèrement ce responsable professionnel à l’analyse des relevés mensuels de factures de ses fournisseurs locaux. “Même sur certains aciers basiques, que tous les artisans utilisent, comme la barre de « carré 14 », l’augmentation est à ce jour de 47 % !”

Rogner sur les marges…

Ferronnier d’art sur la ville du Soler et forgeron de père en fils depuis quatre générations, cette hausse fulgurante de l’acier l’affecte, mais en demi-mesure, car son poste principal réside essentiellement sur le nombre d’heures en créativité de forge. “Nous sommes 8 sur l’atelier et forgeons une moyenne de 20 tonnes d’acier par an, ce qui ne représente pas de gros volumes. En revanche, chez nos confrères, comme les charpentiers qui réalisent et montent des structures métalliques, on passe très vite sur des volumes d’une moyenne de 400 à 500 tonnes annuelles !”
Une spécificité qui l’inquiète car, sur les devis de ces artisans, le poste matière première est tout aussi important que celui de la main d’œuvre et augure, pour les prochains mois, des situations financières délicates pour certaines entreprises. “La majeure partie des chantiers qui sont en cours ou en finition, correspondent à des commandes passées il y a plus d’un an voire 2 ans, notamment comme c’est souvent le cas pour les appels d’offre de marchés publics. Mais ces contrats, qui au moment de la signature ont été évalués avec une estimation de hausse tarifaire standard, sans pour autant spécifier, par une clause particulière, un réajustement possible du prix en cas de hausses des matières premières, obligent l’entrepreneur à livrer sa prestation avec le prix initial, et là, cela peut être fatal pour l’entreprise !”

Chaque semaine amène son flot d’augmentations et l’hypothèse de l’achat au moment de la commande, puis stockage de la matière première jusqu’à la réalisation des ouvrages n’est pas, pour des raisons logistiques, la solution pour ces entreprises. Alors que faire, si ce n’est, lorsque la santé financière le permet, le repli sur l’amputation des marges ?

Serres, conserveries… le métal hors de prix

Cette augmentation du métal entraine aussi des retards sur la réalisation de projets, comme dans le secteur du maraîchage. “Cette année, si vous envisagez de construire une serre, il vous en coûtera 40 % plus cher qu’avant pandémie !” souligne Bruno Vila, président de la coopérative Rougeline et de la FDSEA des P.-O. “Entre la hausse du prix de l’acier, de l’aluminium, du verre, du matériel d’irrigation PVC et des plastiques, certains de nos coopérateurs ont préféré tout simplement repousser leurs investissements d’un an, dans l’espoir que, d’ici là, les prix sur les marchés se soient normalisés.”

La conserverie pâtit également de ces fortes hausses de métaux comme l’aluminium, matière essentielle dans la confection des boîtes et couvercles. “Nous ne rencontrons pas de problématique pour l’approvisionnement du contenant, mais sur le coût de sa matière première qui a augmenté de 50 % !” déplore avec grande inquiétude Pascal François, gérant de la société “Capitaine Nat’” basée à Pia et spécialisée dans la distribution de conserves de poissons sauvages. “C’est hallucinant car les hausses sont à tous les niveaux, même les huiles ont pris 30 %, sans compter le prix du carburant des chalutiers ! Depuis le début d’année nous avons déjà rogné sur la marge, mais à ce rythme l’augmentation du prix client semble irrémédiable !” Reste à savoir ce qui, pour le client, demeure acceptable dans l’escarcelle commerciale. Un casse tête pour bon nombre d’entrepreneurs qui, acculés, n’auront pas d’autres choix que la hausse, du pain béni pour la collecte de TVA…

T. M.

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