En rang et sans bruit ! [par Gilles Tibié]

À la lecture des résultats de la primaire populaire de dimanche, je me suis revu, 50 ans plus tôt, dans la classe de Monsieur Clauzel, en CE2. Celui-ci avait une façon bien à lui d’annoncer le classement trimestriel. Il laissait planer à chaque énumération du nom de ses élèves un intenable suspens agrémenté de mimiques souvent en contradiction avec la qualité du travail de celui auxquelles elles étaient destinées.
Avant d’annoncer le fameux classement espéré par les uns et appréhendé par les autres, nous passions tous au confessional ! La discipline, la participation, le sérieux, le travail. Pour clore sa démonstration historique Clauzel assénait soit un “bien”, soit un “passable”, soit un “assez bien”, soit un “médiocre”, quelquefois un “très bien”, en invitant le récipiendaire à de l’humilité. La sentence du classement qui concluait cette sympathique théâtralité était moins pire que d’entendre la voix de Monsieur l’instituteur dire à tel ou tel “tu diras à tes parents de passer me voir”. Il avait une seule fois demandé à rencontrer mon père. Ce dernier me moquait avec amusement bien des années après, en me disant : “On ne t’aurait pas passé une paille entre les fesses”.

Je ne sais pas si nos garnements Jean-Luc, Christine, Yannick, Anne et les autres serraient les fesses dans l’attente des résultats de leurs copies ce dimanche soir mais au vu du corrigé, ils relèvent plutôt du bonnet d’âne que du prix d’excellence.
Seule la petite Christine reçoit un “bien +”. Difficile de mieux faire, mais cela va l’encourager d’achever son travail de sape engagé depuis 2002.
Le dissipé Jean-Luc, reçoit, lui, un “assez bien -” mais a certainement copié sur la petite Adama Traoré lorsqu’il a évoqué le retrait des brigades d’interventions des quartiers populaires.
Yannick s’en sort bien avec son “assez bien +” mais sa copie est indigeste, ses idées irrationnelles et contrastées. Irrationnelles comme le référendum sur l’écriture inclusive, réhabiliter “l’agriculture paysanne”, interdire la corrida et la chasse et la pêche au chalut. Contrastées sur la date de sortie du nucléaire. Sur ce point, soit il n’a pas révisé le sujet, soit il s’entraine à faire le grand écart pour se reconvertir en prof de gym.
La petite Anne, quant à elle, n’a pas à avoir de regret ! Elle n’a pas travaillé et n’a fait que bavarder pour ne rien dire ! Aussi a-t-elle mérité son “passable” ! Elle va devoir redoubler très certainement et s’abonner aux devoirs de vacances l’été prochain.

Le petit Emmanuel était quant à lui en classe de neige avec sa maitresse préférée. Celle-ci, très engagée dans son éducation, l’a initié à la musique classique au cas où une prochaine investiture se profilerait à l’horizon du mois d’avril. Beethoven cette fois-ci ? Pa ! Pa ! Pa ! Pan !
Le sympathique mais malhabile petit François répondait aux abonnés absents. Il s’était fait bêtement enfermer dans les toilettes par la petite peste de Valérie à laquelle il n’avait pas apporté des croissants à la récréation. Le pauvre tambourinait en vain à la porte criant frénétiquement son envie de revenir en classe.

J’aimais beaucoup Monsieur Clauzel. C’était un instituteur respecté comme tous ses pairs de l’époque d’ailleurs : sévère, rigoureux mais juste… Je me demande ce qu’il aurait fait avec de tels élèves !

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