Distillerie de Saint-Féliu : un atout viticole et des riverains mécontents [par Thierry Masdéu]

Construite en 1974, la distillerie vinicole de Saint-Féliu d’Avall (SFA) a délégué, depuis 2011, cette partie de l’activité à d’autres plateformes du même groupe Grap’Sud, qui compte 1 154 coopératives adhérentes, sans pour autant arrêter son service de réception du marc de raisin à distiller soit : 8 000 à 10 000 tonnes, voire plus suivant les années. Une masse collectée qui concerne encore 95 % du vignoble des Pyrénées-Orientales. Et une activité qui suscite des crispations dans le voisinage…

Cette décision, motivée par le constat amer d’une baisse, au fil des années, des quantités recueillies (30 000 à 40 000 tonnes à la pleine époque), a poussé la gouvernance de ce groupe coopératif à recentrer la production de distillation sur les sites de Rieux-Minervois dans l’Aude ou de Cruviers-Lascours dans le Gard, mieux approvisionnés et équipés aux normes de la réglementation exigée.
Économie d’échelle et de massification de la distillerie que défend avec stratégie Yoann Maillard, directeur général adjoint de Grap’Sud, notamment pour faire face à une concurrence hispanique et transalpine qu’il qualifie de toujours plus acerbe. “Avant, il y avait un maillage qui était adapté à une réalité de terrain, qui n’est plus. Et cette activité de distillerie à Saint-Féliu d’Avall ne se justifiait plus, tout comme celles d’Ouveillan, Narbonne, Conques-sur-Orbiel, Puichéric, ou Béziers qui ont cessé mais restent, comme le site de SFA, des plateformes de collecte et de stockage, au service des adhérents et vignerons, où d’ailleurs la production des amendements organiques a toujours suivi son cours !”

Jérôme Bourdin, responsable du centre de collecte et de végétaux de Saint-Féliu d’Avall et Yoann Maillard, directeur général adjoint de Grap’Sud et présentant le compost final.

Si seule la production d’engrais a été stoppée par le manque de sous-produits issus de la distillation, celle du compostage a plus que jamais le vent en poupe. “Aujourd’hui, entre l’envolée des prix sur les engrais et une sècheresse qui appauvrit de plus en plus les sols, nous constatons une forte demande pour nos amendements en matières organiques. Et même une certaine convoitise chez les fournisseurs d’intrants chimiques qui nous interrogent pour savoir s’ils peuvent référencer nos produits sur leurs catalogues !” témoigne avec satisfaction, Jérôme Bourdin, responsable du site de Saint-Féliu d’Avall, qui souligne aussi au passage la compétitivité tarifaire du compost produit par Grap’Sud. “Il est vrai que le viticulteur va devoir en utiliser et répandre davantage qu’un intrant conventionnel mais, au final, comme c’est de la matière organique, les sols et la production n’en seront qu’avantagés !”

Vers un agrandissement de la zone de stockage ?

Cette année le site de SFA cible un prévisionnel collecté d’environ 10 000 tonnes de marc qui, en retour de distillerie, une fois traité, épépiné, etc., devrait en théorie lui laisser un potentiel de 7 000 à 8 000 tonnes de résidus, pour au final produire 4 000 à 4 500 tonnes d’amendements. Production vite écoulée qui laisse, une fois par an, cette plateforme à stock zéro, comme cette année avant le début de la vendange. Pour répondre à cette demande croissante des adhérents et à la forte proportion d’opérateurs bio, grands consommateurs en amendements normés NF U44-51, les dirigeants ont déposé en préfecture une demande d’agrandissement de leur zone de stockage dans l’enceinte des 33 hectares du site et se sont orientés vers d’autres types de collectes. “Le marc de raisin initial ne suffisant plus, l’idée a été de le compléter par de nouveaux « sourcings » de matières organiques, comme les végétaux et les fruits et légumes qui enrichissent le compost ! Autre avantage, et qui n’est pas négligeable, en les combinant avec les déchets verts, leurs apports en liquides nous permettent d’économiser la ressource en eau !” précise, sans dévoiler la recette, Yoann Maillard, qui occupe également la fonction de directeur marketing.

“Ils ont établi leurs demeures en connaissance de cause”

“Nous avons mis également à disposition du SYDETOM 66 notre outil pour l’épauler dans sa mission de traitement des déchets verts, notamment pour l’excédent qu’il n’arrivait plus à traiter avec ses structures.” Un partenariat qui, aujourd’hui, permet à la plateforme de SFA de récolter une moyenne de 200 tonnes mensuelles. Seule ombre au tableau, dans cet élan de croissance et de services rendus aux adhérents et collectivités locales, une association de riverains, l’Adisfa*** (Association de défense des intérêts de Saint-Féliu d’Avall) qui dénonce les désagréments quotidiens de nuisances olfactives, sonores et polluantes que générerait l’activité du site. Des accusations mal vécues par l’équipe dirigeante qui plaide sa conformité avec la réglementation et dénonce plutôt la non respectabilité de certains riverains qui en connaissance de cause ont établi leurs demeures sur un périmètre non conforme à ce type d’affectation.

“L’année dernière, nous avons convié les membres de l’association sur le site pour qu’ils se rendent bien compte de notre rigueur sur les protocoles. Nous avions convenu d’un commun accord à des améliorations sur notre outil, travaux qui s’élèvent à 200 000 € ! Comme l’éloignement de notre zone de stockage pour qu’elle soit à nouveau à plus de 200 mètres des habitations, alors qu’elle y était déjà ! Ou encore avec la création d’un bassin de récupération des eaux !” évoquent à l’unisson, Jérôme Bourdin et Yoann Maillard, qui ont toujours du mal à comprendre cet acharnement. “Même les plus virulents avaient adhéré à ces améliorations pour lesquelles nous sommes toujours en attente du permis déposé en préfecture ! On nous dresse un faux procès et à travers nous c’est aussi l’équilibre de toute la profession viticole qui est menacé !” Pour l’heure, l’association l’Adisfa en appelle à une mobilisation le samedi 24 septembre à Saint-Féliu d’Avall pour manifester le mécontentement des riverains. À suivre…

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