Crabe bleu : les pêcheurs de l’étang de Canet-Saint-Nazaire perdent patience ! [par Thierry Masdéu]

De la famille des Portunidae, cet indésirable de couleur bleue, qui a massivement colonisé les eaux de l’étang de Canet-Saint-Nazaire, met à rude épreuve les nerfs des cinq pêcheurs de la zone. Tout comme l’immobilisme administratif au CNRS, qu’ils dénoncent et qui retarderait le versement des aides financières actées avant l’été. Une enveloppe de 160 000 € pour deux ans, afin de compenser leurs efforts dans les prélèvements et de 40 000 € pour indemniser les pertes en matériel.

Une situation devenue chaotique car, selon les pêcheurs, ce crabe originaire d’Amérique du Nord s’attaque à tout, même aux canetons et aux autres espèces aquatiques, comme l’anguille ou le crabe vert, amputant sévèrement les revenus déjà précaires de la pêche en étang. Très agressif et sans prédateur, le “Callinectes Sapidus”, colonise aussi d’autres eaux de la côte méditerranéenne, comme à La Palme et Leucate où les ostréiculteurs craignent également pour le futur de leurs parcs à huîtres. Mais cette invasion est sans commune mesure avec celle de l’étang de Canet-Saint-Nazaire où des quelques spécimens prélevés dans les filets en 2017, date de sa détection, le cheptel a proliféré de façon exponentielle en 2021, pour atteindre son apogée aux cours de ces derniers mois.

Jean-Claude Pons : “cette année, rien qu’en six mois, nous avons déjà prélevé plus de 14 tonnes de crabes !”

“C’est difficilement explicable, cette année, rien qu’en six mois, de mars à septembre nous avons déjà prélevé plus de 14 tonnes de crabes ! Un record alors que sur l’ensemble de l’année dernière nous étions aux alentours des 10 tonnes !” témoigne, excédé, Jean-Claude Pons qui, depuis l’âge de 16 ans, cale ses filets sur cet étang où, à l’époque, 52 petits métiers exerçaient leur passion. “La problématique, c’est que lorsqu’ils se prennent dans les filets à anguilles, avec leurs puissantes pinces, ils détériorent tout notre matériel ! Avant, nous pouvions en profiter au moins cinq ans, aujourd’hui c’est fini… Le matériel résiste tout juste pour la saison !”

Risque de sécurité publique si le crabe arrive sur les plages…

Difficile dans ces conditions, avec des mailles de filets qui sont continuellement endommagées, de maintenir les anguilles prisonnières dans les poches. Depuis 2 ans, les pertes financières sont lourdes à gérer, les pêcheurs sont en danger, d’autant que sur le marché local, le crabe bleu, malgré sa qualité de chair supérieure à celle du tourteau, est timidement valorisé. Seul un conditionnement approprié pour une exportation vers des marchés nationaux ou asiatiques, qui en sont très friands, pourrait éventuellement rentabiliser la pêche de ce nouveau crustacé.

Interpellés par la profession, les pouvoirs publics ont finalement pris conscience de l’impact économique et de l’ampleur des dégâts qu’occasionne cette espèce invasive sur l’écosystème de l’étang. Face à ce constat, en avril dernier, un partenariat avec des institutions comme la Région ou le Syndicat mixte du bassin versant du Réart a permis le déblocage d’un financement public à hauteur de 400 000 € sur 2 ans. Une partie destinée aux organismes de recherches, l’autre pour les petits métiers de l’étang. Un plan d’action pêcheurs-scientifiques qui aurait déjà dû commencer pour étudier et minimiser la prolifération du crabe bleu, mais la part qui devait être versée aux pêcheurs depuis juin n’est toujours pas dans leurs filets.

“Cette promesse de fonds, c’est ce qui nous motive à continuer, sinon nous aurions déjà arrêté de pêcher ! Nous sommes prêts, nous avons élaboré de nouveaux filets plus résistants, avec des mailles plus larges, mais tant que les services administratifs du CNRS de Montpellier ne débloqueront pas les dossiers qui retardent le versement des compensations financières, on ne débutera pas le partenariat avec les scientifiques !” déclare avec colère Jean-Claude Pons, qui met aussi en garde sur les conséquences qu’engendrerait l’arrêt de prélèvements quotidiens que mènent, depuis plus de 4 ans, les pêcheurs de l’étang. Sans oublier de signaler au passage le risque de sécurité publique que représente l’agressivité de ce crabe, s’il venait à déferler aux abords des plages du littoral…

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