Anticiper pour mieux transmettre : un témoignage [par Stéphane Africano]

La transmission de votre entreprise est une étape fondamentale qui va fortement impliquer votre vie professionnelle et votre vie personnelle. L’une des clés du succès est de la préparer le plus tôt possible !
Présentation de l’exploitation : Le GAEC Le Dourmidou, créé en 2008, est constitué de trois associés à ce jour : Jean-Pierre Vergès, Aurélia Chouiden et Claire Devos. L’exploitation se situe à Matemale, en Cerdagne, avec un atelier principal de production fromagère en lien à un élevage de chèvres, un atelier de production de pommes de terre et un atelier de production de cochons. La commercialisation est réalisée en vente directe au travers d’un magasin de produits régionaux qui permet de vendre la production ainsi que des produits régionaux d’autres agriculteurs.

Comment préparer une exploitation, adapter son outil de travail et intégrer un nouvel associé ? Nous vous proposons dans cet article le témoignage d’Aurélia Chouiden, exploitante à Matemale en GAEC qui a réussi avec ses deux associés cette performance.

Comment a été créé le GAEC ?
Aurélia : Dans le milieu agricole, le problème qui se pose est celui du patrimoine en propriété lié à des héritages. Jean-Pierre Vergès est très ouvert la dessus, ce qui a permis la création et le développement du GAEC Le Dourmidou. Les exemples d’exploitations familiales qui s’ouvrent à des personnes extérieures sont rares sur le département. J’ai créé l’opportunité de m’installer en agriculture en accumulant de l’expérience pendant 4 ans avant de m’orienter vers une formation agricole.

Comment s’est passé ton parcours avant ton installation ?
Diplômée en 2006, je suis revenue à Matemale où Isabelle et Jean Pierre Vergès, qui étaient en EARL familiale (frère et sœur) m’ont proposé de m’embaucher à l’année sur l’exploitation, avec dans l’idée que si notre entente était bonne on pourrait envisager de s’associer. Ils souhaitaient également augmenter les activités sur l’EARL (fabrication fromagère, pommes de terre). On a pris le temps de voir comment on pouvait s’organiser et en 2009, on a monté le GAEC et pris une salariée, Claire.

Quels étaient tes objectifs quand tu t’es installé dans le GAEC ?
Moi, quand je me suis installée dans le GAEC, j’ai conforté la production de pommes de terre. J’ai donc construit un hangar, acheté des machines pour ramasser les pommes de terre… L’activité d’élevage et de production de fromages est restée à peu près la même, on a augmenté de 10 chèvres (de 70 à 80 chèvres). On a un peu diversifié les spécialités fromagères (pâte molle) pour valoriser le prix du lait. Le bâtiment et les terres ne nous permettaient pas d’avoir plus de chèvres. Il a fallu s’adapter à notre contexte.

Que peux apporter l’arrivé d’un nouvel associé ?
Quand tu prends un associé supplémentaire, il faut pouvoir prouver que tu vas avoir des revenus supplémentaires, ce qui implique : soit d’augmenter la production, soit de diversifier ses activités. Pour moi, cela a été la production de pommes de terre, pour Claire qui s’est associée au GAEC en 2018, on a développé l’activité de production de cochons. On est repartis sur le même principe en cherchant une personne diplômée. Claire était la personne idéale car son profil répondait à tous les critères que l’on demandait.

Comment intégrez-vous un nouvel associé ?
Une phase de test est primordiale pour vérifier la bonne entente et voir si, à terme, il sera possible d’intégrer la personne dans le GAEC. Quand on embauche un salarié, l’idée de l’associer au GAEC ne vient pas de suite, c’est avec le temps qu’on envisage une possible association. La phase de test de 5 ans est donc très importante pour apprendre à se connaître, travailler ensemble, avoir la même vision du travail (avoir du temps libre, ne pas se tuer à la tâche). Il faut également avoir une bonne communication entre les associés, savoir désamorcer les problèmes avant que la situation ne se dégrade.

Comment êtes-vous organisés ?
Ce qui est vraiment important c’est d’avoir chacun son activité, d’être responsable de quelque chose. Avant installation du salarié dans le GAEC, il est important de l’impliquer dans un domaine pour qu’il ne se laisse pas porter par les membres du GAEC. Il devient le référent dans un domaine (pour Claire c’était les chèvres, pour moi la fromagerie et la compta). Dans un GAEC, il faut se compléter. Cela permet de pouvoir partir en congés librement chacun son tour et d’alterner phase de travail et loisirs. Personne n’habite sur place. Comme ça, la maison reste la maison. Cela permet de garder une distance avec le travail. Et pour la transmission, c’est pas plus mal de ne pas vivre sur l’exploitation. Même pour le rachat des parts, le repreneur n’est pas obligé de tout racheter d’un coup.

Comment sont gérées les parts ?
Chacun est propriétaire de ses bâtiments et de ses terres et les met à disposition du GAEC, indirectement c’est le GAEC qui finance. Au moins, le capital du GAEC n’est pas très élevé. Le GAEC est propriétaire du matériel et animaux, il loue les terres et le bâtiment. C’est l’ancienneté dans le GAEC et l’expérience qui priment pour avoir plus ou moins de parts sociales et de salaire.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut transmettre ?
Pour transmettre, il faut anticiper et penser que ça prend du temps. Il faut être patient, il faut intégrer la personne avec ses qualités et ses défauts et lui laisser sa place.

Et à un jeune qui veut s’installer ?
Rester à l’écoute de celui qui va transmettre. Apporter ses talents et compétences. Trouver sa place, de ne pas se laisser porter par les membres du GAEC.

Propos recueillis par Anne Rouquette et Stéphane Africano
Stéphane Africano
Service Entreprises
Chambre d’agriculture des P.-O.

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