Alors il tricote… (Par Jacqueline Amiel Donat)

Parfois aussi, il fait du crochet. Une histoire de concentration plus que de mode, même si la « tricothérapie » fait aujourd’hui partie de ces techniques anti stress préconisées pour le bien-être de la vie post coronavirus de citadins à bout de nerfs. Lui, ce n’est pas ça. Il ne s’agit pas d’une velléité de retour à la nature, de pain qu’on fait soi-même, de potager de terrasse ni de découverte des vertus du « circuit court ».

Sur le plan médical, il est établi qu’une activité comme le tricot ou le crochet permet de « booster » la production de dopamine et de sérotonine, les hormones du bonheur, ainsi que la diminution du cortisol, l’hormone du stress. Bon, il suffisait de les regarder, nos mamies, taties et toutes les autres pour le comprendre : assise seule dans un coin de la pièce où à la table les hommes discutaient, il y avait ce tout juste perceptible sourire et ce léger frémissement de paupière qui signalaient à qui voulait bien le voir, que rien de la discussion ne lui échappait, mais avec distance, le recul nécessaire pour rire intérieurement des fanfaronnades de son René, un point à l’envers, un point à l’endroit, il oublie de dire comment cette « aventure » vraiment finie … Un temps de bonheur simple, le moment où le corps et les épaules se relâchent, l’esprit libéré par la technicité du geste devenu mécanique, un point à l’envers, un point à l’endroit, et l’imagination s’envole ailleurs avec parfois les notes et les paroles d’une vieille chanson qui se fondent dans un murmure. C’est le bruit des chaises qu’on repousse qui sonnait le rappel aux tâches ménagères : alors, le temps de ranger ses aiguilles sans perdre le point, elle revenait dans ce temps présent où il lui fallait mettre le couvert et servir le dîner.

C’est ça que Tom Daley recherche quand, entre chaque saut du haut des 10 m de la plate forme, il reprend son ouvrage en cours, masque sur le visage. Le bronze en individuel, l’or en équipe pour le plongeon synchronisé aux Jeux Olympiques de Tokyo, la consécration d’une carrière déjà longue et émaillée d’or, de bronze et d’argent pour cet athlète de tout juste 27 ans .

 

… et passe un message politique.

 

Sa photo a fait le tour de tous les médias lesquels, au-delà de sa performance sportive, ont largement relaté sa vie et ses engagements diffusés sur YouTube et son compte Instagram. Il expose ainsi ses créations au tricot et au crochet, vendues notamment en faveur de l’association « Brain Tumour Charity », récoltant des fonds pour la recherche contre les cancers du cerveau, dont son père, son premier fan, est décédé alors qu’il était adolescent. Ayant révélé il y a presque 10 ans, son homosexualité/bisexualité aux tabloïds britanniques, il mène sa carrière de plongeur d’excellence avec ses sauts périlleux inversés, tout en s’exposant en maillot de bain au crochet ou tenant la pochette Union Jack tricotée pour abriter sa médaille d’or. Devenu un symbole de la communauté LGBTQIA, il en joue parfois le rôle de porte-parole en appelant notamment en 2018, les pays du Commonwealth à abroger leurs lois pénalisant l’homosexualité. Marié depuis 2017 avec Dustin, ils sont pères d’un petit garçon né par GPA en 2018 et dont la layette est l’œuvre de l’athlète.

Alors voilà, jeune homme de son temps et star des réseaux sociaux, avec son tricot entre deux sauts de ses épreuves de plongeon de haut vol aux Jeux Olympiques de Tokyo, Tom Daley a fait passer un message politique efficace. Pas de polémique cette fois, comme il y en avait eu à l’Euro contre l’illumination arc-en-ciel du stade de Munich, et pourtant c’est le même message : s’opposer à toute discrimination de genre avec ici et de manière facétieuse « et oui, on peut être gay, marié à un autre gay, père d’un enfant, porter des couleurs vives et des mini maillots, et obtenir la médaille d’or tant convoitée ! »

Au bout du compte, Tom Daley n’est-il pas le digne descendant de nos femmes révolutionnaires que, par dérision, on dénomma les « tricoteuses » en les accablant de tous les torts alors que participant aux travaux de la Constitution, elles revendiquaient une amélioration de la condition féminine : Tom Daley, le tricoteur, et les « tricoteuses jacobines », ensemble contre les discriminations ?

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