Abricots : quelles variétés ont “fait le job” cette année ? [par Yann Kerveno]

C’est un rendez-vous habituel pour la filière abricot du département, la Sica Centrex présente, le 4 août, ses résultats d’expérimentation.

“Par la force des choses, cette année nous avons travaillé sur l’impact du climat et de la météo sur les variétés” explique Nathalie Courthieu de la Sica Centrex, en charge des expérimentations. “C’est d’autant plus sensible que la production d’abricots est très climato-dépendante.” Avec des arbres relativement fragiles face aux éléments. “Le moindre souci de ce côté-là se paye cash. Le chaud ou le froid, en avril, quand il ne faut pas, la pluie sur la floraison… Cette année nous avons eu un panel complet d’aléas avec, en plus, un passage de grêle important même si nous n’avons pas eu de gel !” Quelles sont alors les variétés qui ont bien tiré leur épingle du jeu au travers de cette campagne complexe ? “Il y en a une poignée qui a correctement réagi” explique la technicienne. “Je pense en particulier à Cocotte, Aprisweet, Nelson, Farlis, Delicot, Luxaprem ou Swired.”

Mais les aléas climatiques viennent rajouter une couche de complexité à un problème qui n’était déjà pas simple. “Cela devient parfois très compliqué d’avoir une réponse variétale adaptée quand on veut combiner tous les critères : l’autofertilité, la résistance à la sharka, la régularité… C’est même impossible d’avoir aujourd’hui un calendrier complet si on veut cumuler tous ces items.” Pour autant, les sélectionneurs travaillent et le nombre de variétés résistantes à la sharka augmente avec “de plus en plus de variétés intéressantes” selon Nathalie Courthieu. Mais disposer d’arbres qui seront plus résistants face au changement climatique, et surtout à l’accélération de celui-ci prend du temps. “Il faut encore sept à huit ans pour obtenir une variété et ensuite, il faut vérifier qu’elle est conforme aux attentes des producteurs et du marché.” Pas question pour autant de jeter le bébé avec l’eau du bain. “Nous avons des vieilles variétés en expérimentation qui nous en apprennent tous les ans sur leur comportement.” En attendant, les moyens d’adaptation semblent dérisoires face aux enjeux, et en particulier le froid tardif au printemps.

Marchés : une année correcte et quelques regrets

Du côté du marché, l’année aurait pu être bien meilleure. Même s’il est un peu tôt, un peu après la mi-juillet, pour dresser un bilan complet, des regrets pourront être nourris. Du côté des prix, la campagne s’est globalement bien passée témoigne Raphaël Martinez, de l’AOP pêche-abricot. “C’est dû en partie à la faiblesse de l’offre européenne sur le marché, mais aussi à une production française en retrait par rapport aux prévisions. En face, la consommation a été relativement dynamique, les promotions efficaces et les fruits étaient de bonne qualité.” Ce qui est venu perturber un peu la donne, c’est le contexte économique “avec des distributeurs qui passent leur temps à épier ce que font leurs voisins et qui font pression sur les prix en arguant qu’ils pourront trouver ailleurs si les producteurs n’acceptent pas les offres. Cela a coûté quelques centimes aux producteurs cette année, c’est dommage.”

Dans le détail, côté production, le Roussillon a été pénalisé par les pluies survenues au moment de la floraison et les volumes amputés de manière conséquente. Un mouvement amplifié ensuite par les fortes chaleurs de juin et les blocages physiologiques des arbres. “En Rhône-Alpes, ce sont plutôt des erreurs techniques qui ont été commises, un manque d’éclaircissage en particulier, qui sont venues peser sur les résultats” ajoute Raphaël Martinez. Des résultats que les bons prix ne viendront pas forcément compenser “surtout dans le contexte de hausse de prix des intrants que l’on connaît.”

Quid des financements ?

Outre le changement climatique, ce qui inquiète également c’est le retrait de soutien à la station de la Sica Centrex pour mener ces expérimentations. “La Région et FranceAgriMer n’ont pas renouvelé leur soutien aux expérimentations abricot” révèle Nathalie Courthieu, c’est donc la production qui a pris le relais en plus des financements apportés par la Chambre d’agriculture et le Département. “Mais nous avons été obligés de faire avec les moyens du bord, de réduire le nombre d’observations réalisées” détaille-t-elle avant de demander : “Serons-nous capables de mener nos observations l’année prochaine ?” 2023 sera, en plus, l’année où les programmes de financement similaires accordés à la pêche arrivent à leur terme…

Vous avez dit IQA ?

Devenu obligatoire dans le cahier des charges des vergers écoresponsables, l’indicateur de qualité (IQA) poursuit son développement et les agréeurs sont aujourd’hui formés à l’utilisation de la technologie, chez les distributeurs mais aussi chez les expéditeurs. “C’est un changement important pour la production d’abricots. Il y a 10 ans, on ne se préoccupait pas de la qualité gustative des fruits, aujourd’hui, avec cet outil, nous pouvons écarter, dans la filière française, les variétés qui ne répondent pas aux critères” explique Raphaël Martinez.

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