Vous avez dit “résistants” ? Je dis “collabos” !

Hé bien moi, voyez-vous, j’y croyais à la mobilisation des restaurateurs !
Ce premier février, en panne de voiture, je me renseigne sur les horaires des bus, bien décidée à me payer un petit resto, histoire de soutenir les résistants, et donc de monter à la ville coûte que coûte. Et puis, quand-même, en y réfléchissant, ce n’est pas bien pratique, une fois arrivée à la gare routière, de se rendre à pied dans un restaurant. Non que j’eus un doute sur une réponse favorable à l’appel de montrer le ras le bol de la profession mais un lundi, quel restaurant sera-t-il ouvert ? Mieux vaut se renseigner avant. J’attrape le téléphone. Et là, comme on dit chez nous, j’en tombe la mâchoire ! “Oui on est ouvert… Ah mais non, on ne peut pas vous réserver une table, on n’a pas le droit !” Et puis : “Ah oui, mais non ! Nous ne cautionnons pas du tout ce genre de pratique !”
Alors vous me direz “C’est normal, vous avez entendu ce qu’a dit Bruno Lemaire ? Les contrevenants vont être sévèrement sanctionnés !” Évidemment ! S’ils ne sont que trois pelés et deux tondus… C’est l’éternel problème. En fait, j’avais manqué un épisode important. J’étais restée sur cette interview du président d’un syndicat de la profession qui appelait tous ses collègues à rouvrir le 1er février malgré l’interdiction, “en respectant les gestes barrières” selon la formule consacrée. Et puis, dans la foulée, rétro-pédalage avec salto arrière que j’ai loupé. Les “résistants”, au lieu de résister, demandent une augmentation des aides de l’État. Magnifique ! “Tout en gueule, comme les brochets !” aurait dit papa. 
À ceux qui ont essayé, malgré tout, de lutter, je dis merci. Cette action aurait dû aller de soi, ne serait-ce qu’en hommage aux collègues qui se sont suicidés. On en parle de ceux-là ? Pas à la télévision en tous cas, il y a trop de gens qui regardent, comme aurait dit Coluche. Et pourtant, ils se comptent par dizaines !
Sous prétexte de sécurité sanitaire, il y a fort à parier que nous ne reviendrons jamais à la situation que nous avons connue. Fort à parier que les trois quarts des emplois dans la restauration vont être “vaporisés”. De même dans l’industrie des commerces de détail. Parce qu’il faudra à tout prix respecter définitivement une distanciation physique (qui n’est pas appelée “sociale” par hasard). La progression fulgurante du numérique, avantageusement accélérée par la Covid, va prendre toute son importance…

Les gens entre eux se surveillent, s’épient et se dénoncent. Fabuleux !

En parallèle, fleurissent sur les réseaux sociaux les résistants de canapés. Les Facebook et consorts deviennent le réceptacle de publications et commentaires invoquant une urgente révolution, mais lorsqu’il s’agit de répondre à des propositions d’actions concrètes, plus personne. Tellement plus flatteur de créer des groupes aux titres évocateurs de lutte contre l’oppression ou d’y laisser des commentaires ! Là au moins on a l’impression d’exister !
Une petite note d’optimisme : l’État va bientôt pouvoir faire des économies en réduisant le nombre de gardiens de la paix (je ne sais pas ce que vous en pensez, mais à mon sens ce titre ne leur va pas comme un gant depuis quelques temps…). En effet, voilà que les gens entre eux se surveillent, s’épient et se dénoncent. Fabuleux !
C’est nouveau également, à l’entrée des magasins un ou une “préposé(e) au masque absent ou mal positionné”. C’est ainsi qu’à peine rentrée chez Picard j’ai immédiatement fait demi-tour, dégoutée.
Dans la même semaine, au rayon électro-ménager d’une grande surface, un monsieur hésite devant les congélateurs. Son visage est recouvert jusqu’aux yeux d’un tour de cou tricoté, bien épais et doublé de polaire. Il voit de dos une vendeuse et s’approche pour obtenir des renseignements. Réponse : “Vous n’avez pas de masque !”“Non, il s’est déchiré, mais j’ai quand-même ça qui est encore plus protecteur.” L’autre tourne les talons et part en courant. Deux minutes plus tard, la voici de retour accompagnée de six collègues. Il fallait au moins ça, le récalcitrant avait l’air costaud ! Ils empoignent le gars et le conduisent vers la sortie au pas de charge. J’ai suivi…
Dans la même lignée, on rencontre de plus en plus de bons Français, ni vendeurs, ni gérants, ni patrons de la boutique, mais clients comme vous, pour vous faire remarquer que votre masque a glissé sous le nez. Alors là je dis “Vive La France !”

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