Viticulture : on y verra plus clair en septembre ! [par Yann Kerveno]

Dans l’Aude comme dans les Pyrénées-Orientales, l’heure est à la reprise pour le monde viticole.

“Nous avons fait comme tout le monde, nous avons fermé les magasins, mis en place tous les dispositifs d’aide proposés par l’État comme le chômage partiel. Puis nous nous sommes dit, assez vite, que ce marasme n’était bon pour personne, ni pour les vignerons ni pour les salariés. Alors nous avons proposé, à ceux qui le souhaitaient, de reprendre le travail et nous avons pu rouvrir les boutiques” raconte Lilian Copovi, président de la cave de Leucate. “Ensuite, nous avons organisé des promotions à destination de nos adhérents pour qu’ils puissent parrainer leurs familles, leurs connaissances. C’était pour faire repartir l’activité dans le rayon des 100 kilomètres.” La crise aura été, pour nombre d’entreprises, l’occasion de chercher, trouver de nouvelles idées. À Cascastel, Atmann Affannis se réjouit de n’avoir pas été dépendant de réseaux de distribution puisque la cave commercialise directement ses produits avec la grande distribution. Le caveau est aussi resté ouvert, mais principalement pour une clientèle locale. Le plus dur de la crise semble donc passé, avec une casse plus ou moins importante selon les entreprises. “Alors, bien sûr, il nous manque les grands événements du printemps” regrette Lilian Copovi, “mais les initiatives que nous avons prises ont permis de limiter les pertes de chiffre d’affaires, au prix de nos marges quand même”. Les magasins de Cap Leucate ont connu, durant la période, des progressions très importantes du chiffre d’affaires, de 150 à 200 % selon le président de la coop. La vente en ligne a aussi connu un boom.

Des offres spécifiques
“Juin n’est pas forcément un très bon mois pour nous habituellement. Mais là, nous profitons de l’inertie des efforts des semaines passées.” Le président de la cave de Talairan et de la section viticole de Coop de France Occitanie dresse un constat sensiblement identique. “On sent une reprise nette, mais c’est assez hétérogène.” Certains marchés ont rouvert doucement, comme la restauration, quelques marchés aussi à l’export sont repartis. “Les sorties de mai et début juin ne sont pas mal, mais cela reste fragile. Tout va dépendre de la vigueur de la reprise économique et de la consommation.” L’été sera, à ce titre, crucial. “Nous essayons d’aider nos clients et le CHR en particulier à redémarrer, on a développé des offres spécifiques pour eux avec des retours de stocks gratuits pour qu’ils ne soient pas inquiets de commander pour leur saison” précise Lilian Copovi pour sa part. La reprise est aussi là pour les vignerons indépendants après une sombre période. “La fermeture des caveaux, l’annulation des salons auront coûté très cher à nos entreprises” témoigne Alexandre They, président des Vignerons Indépendants audois. “Les pertes de chiffre d’affaires atteignent souvent 60 à 80 % depuis le début de l’année et nous attendons les mesures complémentaires, en particulier pour les exonérations de charges réservées aux entreprises qui dépassent 80 % de pertes. Nous n’avons pas pu mettre nos salariés au chômage puisqu’il fallait quand même être à la vigne pour préparer la prochaine vendange, nous avons réglé pendant la période 4,5 M € de salaires et nous passerions à côté de l’exonération ?”

Ne pas oublier les rouges
La distillation prévue dans le plan d’aide va permettre d’alléger un peu les stocks dans les semaines qui viennent et éponger un peu les trous de trésorerie. Dans la région, elle concernera en particulier les rosés, produit périssable. “Nous avons demandé pour 30 % de la récolte 2019” confirme Lilian Copovi, “et quelques vieux millésimes pour compléter.” Pour Ludovic Roux, on y verra un peu plus clair en octobre une fois la vendange passée, les stocks apurés… Mais il invite à ne pas oublier la situation des appellations rouges du Languedoc. “C’est un marché qui était déjà en difficulté avant la crise de la Covid. Par chance, nous avons une grande cohérence dans la filière, avec l’ensemble des opérateurs, ce qui permet de maintenir les prix. Sans cette cohérence nous serions probablement dans l’état du Bordelais. Mais il ne faut pas que nous nous voilions la face. Les rouges souffrent de problèmes structurels sur lesquels il va falloir se pencher et trouver de nouvelles solutions, par l’œnologie, les marques pour les entrées de gamme, le marketing, un peu dans la logique de ce à quoi la coopération régionale réfléchit depuis trois ans.” Si les coopératives de la région ne sont pas, pour l’instant, dans des situations dramatiques selon leur président, même s’il faut s’attendre à des rapprochements dans les mois qui viennent, la situation est parfois plus tendue chez les vignerons indépendants.

 

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