Vins : une fin d’année cataclysmique ? [par Yann Kerveno]

Le nouveau confinement qui s’étend en Europe vient plomber une filière qui n’en avait pas besoin à l’heure où les vins nouveaux sont mis en marchés.

Alors que les spécialistes laissent déjà entendre que le confinement pourrait durer bien au-delà du 30 novembre, ce nouveau coup dur vient frapper la filière viticole alors qu’elle entre dans une période de l’année habituellement faste pour le commerce. 30 % du chiffre d’affaires de la filière est réalisé au cours de ces deux mois avec, en particulier, le lancement des vins nouveaux. “Je pense particulièrement en ce moment à nos confrères du Beaujolais qui se retrouvent avec des vins conditionnés, expédiés parfois depuis début octobre et qui vont avoir du mal à vendre compte tenu du contexte” explique Jean-Marie Fabre. “Ce nouveau confinement est une très mauvaise nouvelle, c’est même le pire scénario que j’avais pu imaginer, d’autant que beaucoup de pays, européens ou non, sont aussi en train de reconfiner. Pour nous c’est l’annulation des salons qui font une bonne partie de nos ventes, la fermeture des cavistes et des restaurants… À l’étranger, les vins français sont beaucoup diffusés et bien valorisés dans les restaurants également, alors s’ils ferment…” Au long d’une année sans fin où l’on semble vouloir creuser sans cesse, le bilan est cruel. Le marché français est à l’arrêt ou presque, l’export vers les pays de l’Union européenne est en très forte baisse, le grand export bouge encore un peu mais pas dans les proportions habituelles, le tourisme est arrêté, la restauration fermée, les salons annulés…

Le beurre dans les épinards
Plus proche de nous, se pose aussi la question du Muscat de Noël, dont le lancement s’effectue le troisième jeudi de novembre. Produit purement saisonnier, il pourrait pâtir fortement d’un confinement étendu jusqu’au-delà des fêtes de fin d’année. “C’est un produit dont la vente n’est pas négligeable puisqu’il s’en commercialise environ 500 000 cols chaque année, pour la plus grosse partie en vente directe ou chez les cavistes” précise Anne-Laure Pellet, directrice du CIVR. Créé en 1997, le Muscat de Noël a vu ses ventes multipliées par 30 en un peu plus de 20 ans, jusqu’aux sommets de 2017 et 2018, années lors desquelles 530 000 cols ont été mis en marché. S’il est encore trop tôt pour savoir combien de cols seront déclarés cette année, les opérateurs, ils sont plus d’une centaine à produire du Muscat de Noël, ont adopté des stratégies différentes. La cave de Rivesaltes a procédé comme à l’accoutumée : “Pour nous, le Muscat de Noël c’est le beurre sur les épinards” explique Brice Cassagne son président, “alors nous n’avons pas parié sur une perte sur ce marché-là. Bon, mais cette année, nous n’avons même pas les épinards…”

“Ne pas se laisser aller”
À Dom Brial, le choix fut inverse. “Dans l’expectative, nous avons réduit drastiquement les embouteillages de Muscat de Noël” témoigne à son tour le président de la cave, François Capdellayre. Et bien malin qui peut dire comment la fin d’année va se passer. “C’est un produit qui marche bien dans la vente directe au particulier” ajoute Philippe Bourrier, président du CIVR, “mais avec l’annulation des salons, nous perdons forcément des ventes. Il faut essayer de trouver des idées. Nous travaillons par exemple avec les Toques Blanches pour inclure le Muscat de Noël dans les box de repas à emporter qu’ils préparent.” Et d’inviter les vignerons à ne pas se laisser aller en dépit des difficultés… “C’est difficile de faire face à cette multiplication d’obstacles, et nous sommes un peu impuissants parce que ce n’est pas la qualité de nos vins qui est en cause, mais la fermeture de nos réseaux de distribution. Et c’est dès aujourd’hui qu’il faut se préparer à l’après, se poser la question de nos stratégies. Que faisions-nous avant la Covid, qu’allons nous faire après ?”

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