Une journée particulière

Une journée. Une journée pour nous rappeler que vous êtes le début de notre propre histoire. Une journée pour toutes ces années passées à nos côtés du premier printemps au tout dernier soir.
“Saches que je suis si près derrière toi que si tu tends la main tu peux atteindre la mienne” disait Leonard Cohen à Marianne Ihlen qui venait de le précéder dans l’au-delà. Vous êtes celles avec qui nous sommes quelquefois restés à la surface des gestes pour ne pas malmener les sentiments. Vous êtes le souvenir de ce rouge à lèvres oublié qui nous aide à comprendre le parfum mystérieux des adultes, le souvenir des rendez-vous dissimulés, ce sourire échangé à la table d’un petit restaurant. Vous êtes, au bout de la nuit, cette lettre laissée dans “Un été 42” par la belle Jennifer O’ Neill au jeune Hermie “Je ne veux pas essayer d’expliquer ce qui s’est passé, car je sais que, plus tard, tu trouveras la manière exacte de t’en souvenir”.
Vous êtes Joan Baez qui rend grâce à Sacco et Vanzetti, vous êtes Louise Michel qui célèbre l’anarchie, vous êtes Annie Ernaux qui écrit la vie. Vous êtes Nathalie Baye qui fredonne “Pour une amourette”, vous êtes “la mignonette” pour qui chante le rossignol anglais ? Vous êtes Margot qui donne la gougoutte à son chat, vous êtes celle pour qui Brel écrivit “Ne me quitte pas”.

Pour ce que vous êtes et pour ce que vous faites
Une journée. Une journée pour nous rappeler que vous avez des droits. Une journée pour ne pas oublier vos combats, d’Anne Frank à Simone Veil, de Rosa Parks à Aretha.
“Elle n’a vu dans les dimanches qu’un costume frais repassé. Quelques fleurs ou bien quelques branches décorant la salle à manger. Quand toute une vie se résume en millions de pas dérisoires. Prise comme marteau et enclume entre une table et une armoire” nous disait Jean Ferrat avant de nous rappeler, avec Aragon, que vous êtes l’avenir de l’homme.
“Entre les courses et la vaisselle, entre ménage et déjeuner” vous effectuez en moyenne 20 heures de tâches ménagères par semaine, chaque jour à partir de 15 h 40 vous travaillez gratuitement, votre salaire est inférieur de 26 % à celui des hommes. Une journée. Oui une journée particulière un peu comme celle de Sophia Loren filmée par Ettore Scola, un peu comme celle vécue par Meryl Streep sur la route de Madison. Un peu comme celle imaginée par Clara Zetkin en 1910 qui deviendra la journée de vos droits. D’ailleurs qui se souvient de Clara Zetkin, elle qui permit aux Allemandes d’obtenir le droit de vote, qui milita pour la paix et pour la Révolution d’octobre ? Une journée pour se souvenir aussi de celle-ci qui, fuyant le régime nazi, mourut en exil à Moscou.
Une journée et 364 autres pour oublier un peu trop vite tout que ce vous êtes. Et tout ce que vous faites pour nous.

À Jacqueline Amiel Donat pour ses combats, pour son amitié, pour ses engagements et pour le texte, magnifique texte, qu’elle nous offre ici.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *