Un dimanche de confinement

Dimanche 19 avril 2020, 23 heures. Le sommeil n’arrive pas. Je surfe sur les news de l’intervention du Gouvernement. Minuit. Déjà lundi 20 avril. Le sommeil tente une percée. Bruits extérieurs de tronçonneuse, semble-t-il. Cris. Ouverture des volets. Est-ce des rires ou des hurlements ? Je ne sais dire. J’écoute. Des hurlements, mais pas de tronçonneuse. Une voiture, des voitures. Des cris… Une bagarre généralisée chez des voisins dans la rue… Famille compliquée, famille socialement désœuvrée, pas de mauvais bougres, un peu filous parfois. Ce n’est pas la première fois qu’il y a du grabuge. Cinq enfants, l’aîné, sous calmants, vivant marié chez la mère. Père parti avec une jeune damoiselle. La seconde, mariée et qui conduisait dès 14 ans la bagnole. La troisième, gentillette aussi, on ne sait trop où elle se trouve en ce moment, à 13 ans, déjà une voiture dans les mains parfois. Et les deux petits derniers, mignons comme tout, faisant des courses à vélo. Avec celui de 4 ans, on compare toujours nos chaussures car les siennes sont trop classes avec des voitures de course dessus ou des super-héros. Quelques cageots qui disparaissent de mon jardin par-ci par-là pour allumer leur barbecue. Ce n’est pas cool car tu leur as promis quand la clôture en bois sera installée. Mais bon, tu fermes les yeux… La police, appelée dans la nuit, arrivée sur place, le principal auteur parti quelques minutes avant, les uns et les autres rentrent chez eux. Les filles débriefent après dans la rue, sirènes au loin. Elles courent à la maison. Calme plat. Fin de la soirée. J’ai plus sommeil.

Le trafic et l’abandon
Alors je me mets à chercher des infos sur le confinement en banlieues. Je n’habite pas la cité, mais je pense à eux. Il y a les gens qui n’ont pas le choix que d’habiter là et il y a les autres… Qui n’ont pas le choix non plus d’ailleurs. Il y a ceux qui travaillent et il y a les autres qui n’ont pas le choix mais aussi ceux qui ont le choix et n’y vont pas. Le trafic rapporte plus. Je cherche. Je trouve quelques articles. Les derniers dans la nuit datent d’il y a trois semaines. Ce soir, les titres de moins de 24 heures indiquent que la violence se multiplie contre la police dans les cités, des tirs de mortiers, des voitures incendiées. Comment vivre dans les banlieues, les uns sur les autres, avec le désœuvrement et surtout l’abandon. Oui, des politiques de la ville ont pu émerger ici ou là, des grands frères mis en place, une police de proximité. Mais l’abandon, toujours l’abandon. 30 à 40 années de politiques sociales qu’elles soient nationales ou locales d’abandon. Non je suis injuste, certains au niveau local ont tenté, mais sans le soutien de l’État, que peut-on changer ? Politique sociale, politique d’éducation, politique du travail, un échec. Une grande vision étatique, grande absente pour la 6e puissance mondiale, pour intégrer ces êtres humains, pour conduire les enfants sur le chemin de l’école, pour leur donner une vie. Et il y a cette petite famille de voisins et deux mioches de 4 et 8 ans derrière…

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