“Soumission” : mère de toutes les protections !

Alléluia ! Papa a dit qu’on pouvait aller jouer à plus de 100 kms, retourner au restaurant et à la plage ! On a l’autorisation sanitaire ! De la  bénédiction “urbi et orbi” de Philippe 1er, vous attendiez cet “ausweiss”, ce viatique indispensable pour franchir les frontières de démarcation. Tels des adolescents suspendus aux décisions parentales, récompensés de votre bonne conduite durant le dernier trimestre, vous n’en méritiez pas moins. Devant un danger présenté comme potentiellement dévastateur, le peuple a su, comme un seul homme, ou presque, courber l’échine, se cloitrer, s’isoler, oublier ses vieux jusqu’à les abandonner sans même les accompagner jusqu’à leur dernière demeure. La psychose mortelle nous a transformés en troglodytes pétrifiés, exclusivement centrés sur notre petit égo. Une telle obéissance rendrait jaloux le pire des dictateurs, tenu d’intimider, de contraindre, de violenter pour obtenir cette soumission. Finalement, il aura suffi d’instiller, quotidiennement mais avec beaucoup d’application, cette dose de peur qui paralyse les initiatives, stérilisant les résistances. Notre compliance invite les pilotes de nos vies à nous laisser un “peu de mou”. Mais attention, avec sursis ! La liberté aura un prix : celui du respect de la distanciation, de l’oubli des accolades, du renoncement aux pulsions d’étreintes, de l’ensevelissement des désirs charnels. Jusqu’à nouvel ordre, vos partages seront individuels. Vos diners se feront dorénavant sous une cloche vitrée, hygiaphone descendu du plafond, parloir moderne des condamnés à la solitude virale ! Comment est-il possible qu’en seulement trois mois, sans aucune réticence, sans aucune révolte, nous soyons devenus ce troupeau de grégaires bêlants, obéissant à un berger hautain et méprisant, qu’une majorité d’entre nous ne cessait de fustiger il y a encore quelques semaines ?

L’infantilisation dont nous faisons l’objet…
Cette apathie m’ébahit. L’isolement, la peur du lendemain, la proximité de la mort, l’incertitude des rencontres, la puissance néfaste du hasard, la défiance face à son prochain, soudainement considéré comme un potentiel agresseur, vecteur pestilentiel jusqu’alors ignoré… Cette cohorte de sentiments antisociaux et de peurs primales auraient dû être le terreau de discussions philosophiques, voire métaphysiques. Peut-on regretter leur absence si la permission de sortir de sa caverne assouvit, à elle seule, tous nos fantasmes d’avenir ? Ce serait à la fois dommage et désespérant. Ce serait finalement la preuve que l’infantilisation dont nous faisons l’objet est bien la méthode éducative que nous avons choisie. Choisie en laissant sous nos yeux se ridiculiser le monde médical, se paupériser le monde intellectuel, s’épanouir les charlatans et les bonimenteurs. Choisie sans hurler à l’imposture, anesthésiés par la puissance cathodique diffusant une pensée unique…
Existait-il autre alternative que celle que nous avons acceptée ? Le confinement fût la mesure extrême, l’échappatoire imposé à ceux qui
veulent se prémunir sans prendre la moindre initiative. Notre survie d’espèce impose que nous affrontions le danger. La cohabitation avec des agents infectieux est permanente et récurrente. C’est elle qui nous rend plus forts. Ce combat, ancestral, entraine des pertes. La mort fait
partie de la vie et de l’évolution animale. Nous l’avons, en quelques dizaines d’années, totalement oublié. Barricadés, masqués, distanciés,
nous cherchons à échapper à cette condition de mortels. Impossible gageure ! Le plus préoccupant serait que les jeunes générations en
fassent un exemple. Terrés dans leur angoisses, incapables de s’imaginer mortels, bâtissant des abris de fortune, seul luxe autorisé pour continuer de survivre. Comme les bunkers enterrés face au péril nucléaire !
Pour se protéger d’un danger, rien n’est plus efficace que de l’affronter pour en supprimer sa portée. Quoiqu’il en coute ! Au premier rang de
cette lutte, il n’y a qu’une voie : la réflexion !

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