Sharka : la conscience et le déni [par Yann Kerveno]

Créée en 2019, la chaire de recherche sur la sharka tente de mieux cerner la problématique pour doter la filière d’outils de prévention. Une volonté française moins prégnante au niveau européen.

S’il est bien une maladie qui empoisonne l’arboriculture, c’est la sharka, présente depuis trop d’années dans les vergers. Créée en 2019, une chaire de recherche de l’université de Perpignan, avec l’appui de la Fédération départementale des groupements de défense contre les organismes nuisibles (FDGdon), vient de rendre publics ses tout premiers résultats. Plusieurs chantiers ont été ouverts de front pour mieux cerner la maladie et surtout les conditions qui pourraient favoriser son émergence. “Nous travaillons sur un système qui permette de détecter la présence du virus avant que l’arbre ne devienne lui-même contaminant” explique Cédric Bertrand, qui dirige la chaire. Avec comme enjeu majeur, de pouvoir bénéficier de cet outil en particulier pour certifier que les plants sont indemnes. “Sur la question de l’environnement des vergers, nous nous sommes demandé s’il y avait une différence de pression de la maladie selon les systèmes. Nous sommes arrivés à la conclusion que non, qu’on soit en bio ou en conventionnel, les tracas sont les mêmes. Mais avec 240 variétés, des terroirs très différents, il est extrêmement difficile de mettre en évidence un facteur conduite de verger dans la sensibilité à la sharka.” Les recherches portent aussi sur la flore adventice, bref, les plantes qui poussent naturellement dans les vergers et qui pourraient être réservoir du virus, selon la terminologie usitée.

Les haies ?

“C’est aussi rassurant sur ce point” précise Cédric Bertrand, “les plantes adventices peuvent présenter les symptômes semblables mais ce n’est pas la sharka. Cela élimine le bord de route en foyer éventuel.” Autre piste envisagée au cours de ces premiers mois de travaux, la sensibilité variétale et en particulier l’influence du porte-greffe. “Sur cette question, les avis divergent, les Espagnols disent, en l’absence de résistance, que certains porte-greffes peuvent transmettre une moindre sensibilité, mais chez nous l’Inrae ne confirme pas ces résultats.” D’autres questions sont à l’étude, le rôle des haies, “on sait que la haie favorise la maladie, mais une fois qu’on sait ça, qu’on sait que l’essence de la haie ne change rien, ni même l’orientation, que peut-on en faire ?” se demande Nicolas Berre, de la FDGdon. La recherche est rendue d’autant plus compliquée que la maladie implique un arrachage intégral du verger dès que 10 % de la surface est touchée. “Nous ne pouvons pas bénéficier, par exemple, de vergers d’études qui seraient contaminés à 2 et à 25 % pour permettre des comparaisons. Nous travaillons surtout à partir de méta analyses d’études déjà réalisées.” Mais l’objectif de ces recherches est bien, à terme, de définir ce que pourrait être un verger idéal qui limiterait le risque au maximum. “C’est important pour redonner de l’espoir aux producteurs” ajoute Gérard Majoral, “même si les diversifications que nous avons menées, avec d’autres fruits, limitent de fait la pression en limitant les contacts entre les parcelles et donc les contaminations…”

Pas essentiel pour l’Union européenne

Créée à l’initiative d’Ille Fruits et de la Melba, la chaire a agrégé autour d’elle l’ensemble des producteurs du département et des organisations de producteurs estime Gérard Majoral, président de la FDGedon. “Ce travail contre la sharka est essentiel, notre filière représente un emploi par hectare, soit 22 000” ajoutait-il. “Il ne fallait pas se poser de question” ajoute Patrick Bolfa, “il fallait mutualiser nos moyens parce que les solutions n’étaient pas nombreuses”. Mais aujourd’hui, tout se complique avec la sortie, par l’Union européenne, de la liste des maladies à quarantaine à lutte obligatoire. “Il y a plus de 200 maladies de ce type en Europe” précise Gérard Majoral, “et nous sommes le seul pays producteur à avoir organisé la lutte, la Grèce a refusé de lutter, l’Espagne dit qu’elle n’a pas la même souche, d’autres disent qu’ils ne sont pas concernés… La France est isolée sur ce dossier, donc la lutte n’apparaît pas comme essentielle aux yeux de l’Europe et nous voilà contraints de négocier avec l’État pour qu’il maintienne le financement du dispositif de lutte, un euro apporté par l’État pour un euro mis par la profession.”

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