Ruralité : le spectre écologique d’une transhumance urbaine ! (Par Jean-Paul Pelras)

À l’inverse de ce qui se produisit dans les années 60 et 70, quand la ville et son miroir aux alouettes attiraient ceux qui, comme dans la chanson de Ferrat, rêvaient du formica et du ciné, nous pourrions donc, un demi siècle plus tard et consécutivement à l’épidémie de coronavirus, assister à un exode urbain. Transhumance inverse en quelque sorte, accessible à celles et ceux qui auront les moyens de se payer un aller simple pour le bocage normand, la côte bretonne, le marais poitevin ou l’une de ces apostilles périurbaines verdoyantes qui vous transforment un trader en gentleman farmer, un technocrate en péquenocrate.
Une alternative à la déprise rurale que ne bouderont pas certains élus champêtres, là où la friche sera désormais davantage considérée comme une opportunité que comme une calamité. L’artificialisation des sols qui grignote, chaque année en France, environ 60 000 hectares de surfaces supplémentaires, soit l’équivalent d’un département tous les 5 ans, pourrait encore gagner du terrain de façon exponentielle. L’érosion de l’activité agricole, précipitée par la perte de compétitivité et les normes de plus en plus draconiennes qu’impose le dogme environnementaliste, va donc se poursuivre inexorablement.
Elle se poursuivra car “l’éducation” prodiguée aux urbains par les écologistes leur apprend, avant toute chose, qu’ils doivent se méfier des épandeurs à lisier, des pulvérisateurs de “pesticides”, des vaches qui pètent et de tous ces gens qui utilisent du glyphosate à longueur d’année jusqu’aux portes des écoles et jusque sur les sentiers de randonnée. Des associations viendront d’ailleurs, dès leur arrivée, les accueillir avec des bouquets de “coquelicots”, parce qu’il faut bien trouver quelque chose à contester quand on passe des couloirs du métro au train-train des néoruraux. Encouragée par le développement du télétravail (qui va permettre d’économiser sur la location des bureaux, sur les transports et sur la main d’œuvre…), une population nouvelle viendra s’installer dans ces campagnes où les écoles ne fermeront peut être pas et où le commerçant pourra relancer son activité avant que, tôt ou tard, la grande distribution ne vienne lui couper l’herbe sous le pied.

Se mêler du travail des autres sans savoir à quoi ressemble l’outil
Nonobstant ces perspectives de revitalisation, l’agriculteur, déjà rompu aux stigmatisations en tout genre, devra s’équiper d’une patience à toute épreuve s’il veut faire face au conditionnement des esprits. Nous voyons d’ailleurs ces temps-ci la mobilisation des environnementalistes, du côté de Langouët ou de Plouguerneau comme ailleurs, avec leurs cortèges de plaintes déposées devant le Conseil d’État, visant à établir un lien entre Covid-19 et épandages agricoles. Du pain béni pour Nicolas Hulot qui, depuis son confinement en Ille et Vilaine, déclarait le 6 mai sur France Inter : “Il faudra, secteur par secteur, analyser et remettre à plat des pratiques. Faire évoluer le modèle agricole…”
Nous y venons et non sans une certaine préméditation du côté de ceux qui veulent effectivement faire main basse sur la paysannerie en se mêlant, soyons clairs, du travail des autres sans savoir à quoi ressemble l’outil. Ils seront soutenus en cela par l’État et ses administrations, déjà bien achalandées en environnementalistes en leur sein, dont le zèle à faire appliquer la réglementation est si souvent décriée dans nos campagnes.
Un étau qui pourrait bien se resserrer jusque dans les établissements consulaires si l’on s’en réfère à cet extrait d’une note d’étape, rédigée dans le cadre de la Mission de coordination relative aux produits phytosanitaires et au plan de sortie du glyphosate dirigée par le préfet coordinateur interministériel Pierre Etienne Bisch : “Conditionner la TA TFNB des Chambres d’agriculture au résultat de leur action en faveur de l’évolution du modèle…” En clair, soit les Chambres parviennent à convaincre leurs ressortissants du bien fondé des pratiques environnementales, soit on leur coupe les vivres en les privant des retombées induites par la taxe sur le foncier non bâti.
La fin d’une époque où le conseiller agricole ne viendra plus expliquer au paysan avec quel produit il pourra lutter contre le botrytis, la fusariose, l’oïdium, le puceron ou la pyrale, parce que sa mission consistera désormais à lui dire comment il devra s’en passer. Ensuite, en cas d’attaque sévère, les agriculteurs n’auront plus qu’a composer un numéro “vert” pour savoir comment éradiquer avec des idéaux le mildiou, la tavelure ou le charbon du blé. Résultat des courses, entre ceux qui veillent au grain pour qu’il devienne bio et ceux qui vont arriver avec des idées formatées par le lobbie écolo, nos campagnes vont connaître une mutation sans précédent.
À moins que le législateur, dans un ultime sursaut de lucidité, se décide à privilégier aux élucubrations du moment la sécurité agroalimentaire que peut garantir le paysan.

Jean-Paul Pelras

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