Rosé : une place au soleil

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Mal-estimé il y a encore peu, le rosé s’est aujourd’hui installé dans les habitudes des néo-consommateurs comme des dégustateurs avertis, après avoir connu un gros boum il y a quelques années. Zoom sur cette “troisième couleur” qui dispose désormais de gammes hiérarchisées et d’une valorisation sur les marchés, y compris pour les productions du Languedoc et du Roussillon.
Les Américains en sont fous, les Européens de l’Est s’y mettent, les Chinois, monomaniaques du vin rouge, commenceraient à y tremper prudemment le bout des lèvres selon certains exportateurs… Même les Français finissent par admettre que non, le rosé n’est pas un mélange de blanc et de rouge. C’est dire. Du rosé-piscine au rosé-papilles, cette couleur s’est durablement installée dans les habitudes de consommation après avoir vécu un véritable boum il y a quelques années. Et la Provence, référence en la matière, ayant vu ses prix augmenter, les productions viticoles du Languedoc-Roussillon ont su se positionner sur ce marché porteur. Exemple, à Gruissan, la cave coopérative qui réalise 95 % de ses ventes en circuit court (moins de 25 km), ayant les pieds dans l’eau, était prédestinée à développer cette couleur.

Coopérative de Gruissan : 45 % de la production
“Il y a 15 ans, nous en produisions 500 hl, aujourd’hui nous sommes à 4 500 hl” explique son directeur, Frédéric Vrinat. Si la cave travaille le rosé depuis longtemps, elle a développé une large gamme avec une dizaine de bouteilles et BIB (de 3 à 15 € la bouteille). Il a fallu s’adapter aux demandes du marché, en travaillant le process de vinification pour obtenir des couleurs plus pâles, “même si nous ne sommes pas allés très loin dans cette démarche, car, étant en contact direct avec la clientèle, on peut lui expliquer que non, un rosé très pâle ne sera pas nécessairement moins alcoolisé” ajoute Frédéric Vrinat. Le rosé représente aujourd’hui 45 % de la production de la coopérative. “Chaque année, nous développons un peu plus cette couleur. Nous incitons aussi nos coopérateurs, dans le cadre de notre accompagnement à la replantation, à privilégier des cépages adaptés au rosé.”

Effet météo ?
Autres volumes, autres marchés, à Perpignan, le groupement de commercialisation Vignerons Catalans a lui aussi saisi le phénomène en plein vol. “Depuis quatre ans, nous avons repensé notre offre sur les rosés. Tout tournait beaucoup autour du Fruité Catalan” explique Selma Regincos, responsable marketing et communication. La gamme actuelle débute à 3,5 € prix public et grimpe jusqu’à 15 € (Muse de Collioure, sous appellation, 15 €), en passant par les “popular” (Paulette et Ginette, produits vintages) et “premium”. Il a fallu, là aussi, obtenir “des rosés très pâles tout en gardant l’aromatique” précise-t-elle. “Nous travaillons aussi beaucoup sur le packaging, avec des bouteilles fumées, blanches, des bouchons en verre, des magnums…”. Les marchés, “plutôt bien valorisés sur le circuit traditionnel” se situent également à l’export, sur l’Allemagne, depuis peu l’Europe de l’Est… Et les Vignerons Catalans visent actuellement les États-Unis. Reste un inconvénient majeur à ce marché : sa dépendance aux conditions météo. En effet, à l’image d’un fruit de saison, lorsque l’été n’est pas très ensoleillé, le consommateur le plébiscite moins… Ou du moins, le plébiscitait moins, car cet inconvénient, petit à petit, aurait tendance à être gommé.

+ 23 % de production l’an dernier en Languedoc
Ainsi, “cette année, nous avons vendu beaucoup de rosé à l’export, alors que la météo n’était pas au beau, ce qui est nouveau” explique la présidente du Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc Miren de Lorgeril. De fait, l’an dernier à cette époque, le CIVL appelait à produire massivement du rosé pour satisfaire au marché, notamment en AOC Languedoc. Appel entendu : “la production a augmenté de 23 %. On a pu répondre à la demande, contrairement aux autres régions” explique le délégué général du CIVL, Jérôme Villaret. Un appel qui pourrait bien être renouvelé sous peu.

Fanny Linares

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