Robert Massuet : “Nous sommes des chefs d’entreprise responsables, pas des enfants qu’il faut mener par le bout du nez”

Le président de l’Union professionnelle artisanale des P.-O. (UPA 66) alerte sur les contraintes imposées et sur les menaces économiques qui vont impacter les secteurs d’activités qu’il représente.

Le confinement est derrière nous, mais de toute évidence les contraintes pour les entreprises sont toujours là. Comment les artisans parviennent-ils à gérer les situations ?
Sur les chantiers, des protocoles sont mis en place. En théorie, les corps de métiers ne peuvent pas travailler ensemble et ne doivent pas se croiser pour qu’il y ait un minimum de personnes sur site. C’est ingérable car nous devons nous concerter et certains travaux sont complémentaires. Nous perdons beaucoup de temps. Ce qui occasionne des surcoûts que nous ne pouvons pas refacturer aux clients.

Vous devez travailler avec des masques. Est-ce que c’est réellement possible ?
Non. Ceux qui le pensent travaillent dans des bureaux, pas sur des échafaudages. Allez dire, quand il pleut, à un ouvrier qui travaille en extérieur de garder un masque détrempé sur la figure. C’est impossible, il étouffe. Il faut être confronté aux situations avant d’imposer des dispositifs totalement inadaptés. Et puis, vous savez, dire à un ouvrier qu’il doit porter un masque sur un chantier alors que, dans certains pays, les joueurs de foot recommencent à jouer sans en porter…

Le fonctionnement des chantiers est-il perturbé ?
Un exemple : quand il fait mauvais, au moment de la pause de midi, les ouvriers ne peuvent plus manger ensemble si le local n’est pas adapté. Qu’est-ce qu’on fait pour respecter les distances ? Ils mangent deux par deux à tour de rôle et à 5 heures de l’après- midi le temps du repas n’est pas encore terminé. Et puis, il y a cette infantilisation que nous avons du mal à supporter. Nous sommes des chefs d’entreprise responsables, pas des enfants qu’il faut mener par le bout du nez.

D’autres secteurs que ceux du bâtiment sont-ils impactés par ces mesures ?
La quasi totalité des secteurs de l’artisanat. À commencer par les coiffeuses et les coiffeurs qui ont du fermer pendant trois mois et qui doivent prendre des précautions draconiennes pour pouvoir travailler dans des conditions coûteuses et très contraignantes. Idem pour les esthéticiennes, sans oublier les traiteurs, les boulangers, les taxis et l’ensemble des corps de métiers qui n’ont pas vu un seul client depuis la mi-mars. Alors, bien sûr, le gouvernement à donné 1 500 euros par-ci, a reporté des charges par-là. Mais ce n’est pas avec ça que l’on maintient une entreprise.

Vous redoutez des difficultés dans les mois à venir ?
Nos carnets de commandes se sont vidés. Les clients hésitent à engager des travaux. Passée la crainte sanitaire, nous nous orientons vers une forme de frilosité économique. C’est en septembre que nous commencerons à ressentir les effets de cette crise. Sur les chantiers qui risquent de ne pas retrouver leur rythme de croisière et dans nos trésoreries, car les charges reportées restent des charges à payer. Sur le marché de l’emploi, ce sera tout aussi compliqué. Les agences d’intérim appellent tous les jours, les entreprises n’embauchent pas.

Un message à adresser au gouvernement ?
Les artisans, contrairement à ce que prétendait madame Penicaud, ne sont pas restés les bras croisés. Ils se sont adaptés, cherchent des solutions. La France a besoin d’eux pour relancer l’économie. Alors il faut leur faire confiance et les laisser travailler !

Propos recueillis par Jean-Paul Pelras

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