Robert Massuet : “Ne comptez pas sur moi pour condamner ceux qui ouvrent” [par Damien Ribero]

Au lendemain de l’intervention du Premier ministre au 20 h de TF1, le président de l’UPA fait un bilan des premiers jours de reconfinement.

Robert, quelques jours après l’annonce de ce nouveau confinement, quel est votre sentiment ?

Un sentiment très mitigé. D’un côté il y a la possibilité de continuer à travailler pour le bâtiment. C’est positif pour nos artisans qui ont vu leurs commandes augmenter au déconfinement et qui ont mis en place des protocoles sanitaires stricts. Mais d’un autre côté on a des annonces catastrophiques pour des secteurs entiers de l’Artisanat.

La situation des fleuristes, des bijoutiers, des coiffeurs et des esthéticiennes est claire : ils doivent fermer.

Sur le papier c’est clair. Mais dans la réalité, on a vu un flottement incroyable. Avec des gens qui prétendaient pouvoir exercer à domicile, des grandes surfaces qui pouvaient continuer à vendre des fleurs… On a eu le sentiment que rien n’avait été réfléchi et c’est impardonnable. La première fois, tout le monde a joué le jeu parce qu’on a eu l’impression que ce virus nous tombait dessus d’un coup. Là on a neuf mois d’expérience et on est encore en train d’ajuster les mesures, comme si on pouvait piloter nos entreprises au jour le jour, dans l’attente d’une décision prise on ne sait où par on ne sait qui. J’ajoute que ces décisions sont particulièrement injustes pour nos esthéticiennes et nos coiffeurs qui appliquaient un protocole très strict avec désinfection entre chaque client, le masque, le gel… Et sont finalement très durement punis.

Dans ce contexte, est-ce que vous condamnez les gens qui ouvrent malgré l’interdiction ?

Sûrement pas. Il faut bien comprendre ce qui se joue pour les gens qui ouvrent. C’est un geste de désespoir, le dernier geste avant de tout perdre. Comment leur dire de rentrer sagement chez eux quand on voit le ballet des colis Amazon que l’État est toujours incapable de taxer ? Chaque citoyen, dans ses achats, a sa part de responsabilité dans l’engraissement de ces multinationales. Mais le premier responsable c’est l’État, incapable de faire respecter un semblant d’équité fiscale depuis des décennies. C’est plus facile de tomber sur le pauvre type qui va ouvrir sa boutique. Alors ne comptez pas sur moi pour l’accabler.

Quel rôle entendez-vous jouer pour les entreprises dans ce contexte ?

Notre premier rôle aurait été d’être associés aux décisions prises et d’être un interlocuteur de l’administration. Malheureusement, si on a un Premier ministre avec un accent du terroir, dans la pratique on a toujours le même fonctionnement coupé des bases, avec des décisions qui déboulent d’en haut et sur lesquelles on n’a qu’à s’exécuter. Le nouveau préfet est là depuis des mois, j’ai demandé à le rencontrer, il n’a sûrement pas eu le temps… Comme nos très chers députés qui sont devenus invisibles depuis le premier confinement. Nous n’en avons pas vu un seul dans nos entreprises s’enquérir de nos difficultés alors qu’ils devraient être partout sur le terrain pour écouter la base et faire remonter. Quel mépris ! Ou alors ils ont peur de nous contaminer mais je crois que l’incompétence et la fainéantise ne sont pas contagieuses…

Alors, comme avec les gilets jaunes, on va les laisser se débrouiller avec la colère des français, qu’ils ne viennent pas nous chercher pour être sur la photo. On va se concentrer sur l’accompagnement de nos artisans. Nos services sont là tous les jours, on va informer les entreprises au fur et à mesure, répondre à leurs questions et absorber tout ce qu’on peut de leurs angoisses. Parce que ceux qui pensent que tout va se résoudre avec des aides n’ont vraiment pas compris l’ADN de nos petites entreprises.

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