Robert Massuet : Europe, merci de nous laisser crever en silence

Rappelez-vous, c’était il y a quelques mois seulement : les représentants des artisans, des agriculteurs et de l’industrie recevaient, dans nos locaux, Nathalie Loiseau, alors ministre des Affaires européennes. Plus d’une centaine de professionnels avaient décidé de quitter le chantier, le champ ou la boutique, pour venir parler d’Europe avec celle qui est devenue depuis la tête de liste de la République en marche. Pendant deux heures, nous avons pu mesurer que, contrairement à une idée répandue, les professionnels étaient très soucieux des questions européennes.
Nous voilà six mois plus tard et cette fois les artisans et agriculteurs invitaient notamment les représentants politiques pour parler d’Europe. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils avaient certainement mieux à faire, les professionnels du mandat. Soyons tout de même précis et remercions M. Vila, maire de Saint-Estève, M. Ilary, président de l’association des maires, Mme Anglade, élue à l’Agglo, Madame Gavalda Moulenat représentant Les Républicains et M. Assens représentant la France Insoumise.
Pour les autres : députés, sénateurs, responsables de partis politiques, il y avait certainement une réception où l’on risquait moins de s’entendre raconter ces histoires ubuesques où l’on finit par signer plus de 3 000 pages sans plus rien lire pour un marché public, où l’on interdit au taxi français de travailler en Espagne sans que la réciproque n’existe ; où l’on en demande toujours plus aux entreprises d’ici sur la sécurité et les normes quand, dans le même temps, des travailleurs des pays de l’Est sont à la limite de l’exploitation et dorment dans des Algeco pourris.

Jeudi dernier, les ploucs que nous sommes ont tenté de comprendre le fonctionnement de cette Europe
Oui, il doit exister dans ce département des lieux agréables où l’on est sûr de ne pas être dérangé par ces types à la vue basse, incapables de s’extasier devant notre start up nation. Dans ces endroits, le haut chant du coq de la french tech, à défaut d’avoir créé le moindre emploi dans les P.-O., est certainement plus agréable à écouter que celui de la basse-cour de nos villages.
Alors jeudi dernier, les ploucs que nous sommes ont tenté de comprendre le fonctionnement de cette Europe et bien souvent nous aurions apprécié les lumières des sachants. De ceux qui voient l’orientation que prend la construction européenne et qui auraient pu utilement nous dire s’il fallait continuer à se battre pour embaucher des gens du pays, les former, leur donner un avenir, ou s’il valait mieux faire comme les autres. Ceux qui ont décidé depuis longtemps de s’installer dans les zones où la main d’œuvre n’a jamais entendu parler du SMIC, des prud’hommes, de la médecine du travail et de Pole emploi. Ces zones aux limites de l’esclavage moderne avec lesquelles on nous demande d’être en compétition, lestés par notre propre administration. Oui, vraiment, on aurait voulu savoir si nous avions encore raison de nous battre ici avec nos moyens.
Finalement, jeudi soir nous avons pu nous compter, et mesurer également ceux sur qui il ne fallait plus compter.

Robert Massuet
Président de l’Union professionnelle artisanale

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