Résistance !

Alors, c’est sûr, je ne vais pas me faire des amis avec ce papier, mais bon, il faut que ça sorte.
On assiste aujourd’hui, en France et ailleurs, à des manifestations de “résistance”, des citoyens qui s’élèvent et s’insurgent contre les mesures liberticides imposées dans le cadre de la crise sanitaire : restaurants ou cafés ouverts clandestinement, des fêtes après couvre feu… Un reportage sur ce restaurateur niçois, bravant ouvertement les autorités et servant plus de cent couverts à des clients visages ouverts dont l’un, sous les caméras s’exclame : “Ce plat là, vous voyez, il a le goût de la liberté !”. Voilà où nous en sommes, des interdits qu’on transgresse, histoire de se donner du frisson et ce sentiment de s’être transformés en Che Guevara pour avoir bu une bière ou un mojito au goût de rébellion.
À peine avons nous été effleurés par ces quelques propos dénonçant les inégalités mondiales dans l’accès aux vaccins, ces vaccins si décriés en France mais tant convoités aujourd’hui, la loi de l’offre et de la demande : 11 pays au monde ont eu droit à 90 % des vaccins disponibles, les plus riches bien sûr, pour les autres on en est encore à essayer de trouver au marché noir des bonbonnes d’oxygène pour assister les plus malades. À peine nous sommes nous étonnés de la naïveté de nos dirigeants, semblant découvrir la chasse aux profits des laboratoires pharmaceutiques et ces nouvelles fortunes créées pendant la crise. À peine avons nous aperçu les images d’ailleurs, de là où des enfants en haillons fouillent des montagnes de détritus pour trouver un quignon de pain ou un reste quelconque de nos déchets alimentaires : mourir de faim, de la Covid ou d’autre chose, de toute manière…
Cela fait longtemps, bien avant la pandémie, que nos esprits ont été confinés et que nos consciences se sont rabougries autour de nos seules libertés de nantis – celles de nos loisirs – sans nous rendre compte qu’à côté même de nous, tout à côté, nombreux sont ceux qui n’y accèdent jamais, trop préoccupés qu’ils sont à leur simple survie.

Oubliés nos rêves d’un autre monde !

Terrorisés lors du confinement de mars 2020, nous avons été nombreux alors à rêver d’un autre monde. Reconnaissants aussi, pour la plupart, pour ces soignants et pour tous ceux restés sur le front afin de rendre plus confortable notre “mise à l’abri”. Plein de belles promesses aussi pour “l’après” : des primes, des revalorisations, une reconnaissance sociale, la remise en cause de nos modèles politiques et sociaux et leur recentrage sur l’humain… Las ! L’été est venu et si nous avons entendu ici ou là que les promesses n’étaient pas tenues, qu’ils manifestaient voire se mettaient en grève, si nous avons compris que les plus touchés par le virus étaient ceux là même qui avaient continué de travailler pour nous et les plus frappés d’ailleurs par les licenciements qui ont suivi, il fallait profiter de notre liberté estivale et notre vie d’avant a plus ou moins repris.
À peine d’ailleurs avons nous entendu parler de la loi de sécurité globale, en discussion depuis octobre 2020 et à l’encontre de laquelle se sont érigés les syndicats de journalistes, la Ligue des Droits de l’Homme, les associations humanitaires telles qu’Amnesty International. Une loi qui rendrait les méthodes actuelles du préfet de police de Paris, l’ineffable Didier Lallement, presque inoffensives, tant sa marge de manœuvre deviendrait dorénavant extensible : sanctionner les clients du Franprix à 18 h 01 parce que le bus ou le métro a eu un peu de retard et qu’il fallait acheter de quoi dîner pour les enfants, ça, ce n’est que le début de ce qui nous attend, dans l’indifférence généralisée. Alors reviennent les mêmes réactions devant les images de répression des quelques manifestations organisées contre cette loi véritablement liberticide : “Bof, ce sont des gauchistes encore, nous on a autre chose à faire, ce soir d’ailleurs, on se retrouve tous pour une « teuf résistance » autour d’un « cuba libre » !”.
Dans sa cellule du centre de rétention où il a été placé après le médiatique acte de “résistance” de son patron, Moussa, le cuisinier ivoirien, salarié déclaré de ce restaurateur niçois, attend de quitter la France où il habitait et travaillait depuis dix ans, mais sans papier : ce plat qu’il a préparé, a finalement le goût amer de la “liberté” des autres…

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