Puisqu’il faut siffler la fin de la récréation … (Par Jean-Paul Pelras)

Dimanche 13 septembre, les journaux télévisés évoquent un pic de chaleur, les plages sont prises d’assaut. Pas de masques, pas de distanciation physique. Nous apprenons également ce soir-là qu’une nouvelle rave-party a lieu en Bretagne, qu’elle réunit des milliers de personnes venus de France, d’Espagne, d’Italie alors qu’un arrêté préfectoral interdit les rassemblements festifs et musicaux en Loire Atlantique. Et puis nous passons à l’information suivante, la vraie, celle qui compte, celle qui concerne tous ceux qui se demandent s’ils pourront circuler librement d’ici quelques jours, si leurs enfants pourront encore aller à l’école, si leur entreprise ne sera pas obligée de déposer le bilan avant la fin de l’année, s’ils pourront rembourser l’emprunt de leur logement. Et si, peut-être pour la toute dernière fois, ils seront autorisés à revoir la mémé dans cette maison de retraite qui ne devrait pas tarder à fermer.

Ce soir-là nous apprenons, à quelques minutes d’intervalles, qu’un collectif de 35 scientifiques dénonce dans une tribune la gestion par la peur de la pandémie et demande de refonder ou de supprimer le Conseil scientifique.

Presque simultanément le généticien Axel Kahn signe une autre tribune. Avec six médecins et professeurs, il appelle à « siffler la fin de la récréation » et demande aux Français d’éviter les rassemblements privés y compris en famille, à l’instar de ce que vient de décider la Grande Bretagne.

 

Un boustrophédon de contradictions

 

Voilà donc à quoi ressemble l’information dans notre pays en ce mois de septembre 2020. Autrement dit à un boustrophédon de contradictions, avec ceux qui risquent une amende de 135 euros parce qu’ils ont oublié de porter le masque devant leur boulangerie et ceux qui peuvent s’agglutiner en toute impunité sur le terrain d’autrui pour s’y défoncer jusqu’au bout de la nuit.

Oui, voilà à quoi ressemble la France d’Hugo, de Voltaire, de Camus, de De Gaulle. Cette France qui en est réduite à chercher ses héros derrière quelques pseudos à l’ombre des réseaux sociaux. Cette France qui sait désormais que les politiques ne sont plus là pour protéger la Nation, mais pour remporter quelques pitoyables victoires d’élections en élections, d’abstentions en abstentions. Cette France qui se demande à quoi jouent tous ces scientifiques qui essayent d’exister entre deux passages à la télévision.

Si la comédie à laquelle nous sommes en train d’assister discrédite à la fois le pouvoir et ses valets, elle doit surtout nous inquiéter, car elle impacte durablement la confiance des Français.

Nous ne savons plus qui croire, qui écouter alors que l’automne approche, alors que nous devons dans nos entreprises, dans nos familles honorer les échéances et envisager l’avenir, en travaillant sans faillir, sans bricoler, sans discourir.

Alors oui, effectivement, il faut siffler la fin de la recréation. Mais pas celle dont vous parlez, monsieur Kahn, pas celle qui divertit le peuple à l’heure de la pose tant méritée. Mais plutôt celle qui vise l’effet à défaut de savoir ou de vouloir communiquer sur le véritable visage de la vérité.

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