Le tout premier parc vitivoltaïque inauguré à Tresserre

Un parc “vitivoltaïque” de 5 ha a été inauguré le 8 novembre au domaine de Nidolères, à Tresserre. Objectif : modifier le climat autour des vignes, dans un contexte de réchauffement climatique, tout en produisant de l’énergie. La Chambre d’agriculture étudiera l’impact de cette ombrière sur la vigne et le vin.
C’est un immense damier de panneaux solaires, plafonnant à plus de quatre mètres de haut, au pied duquel des pieds de vigne ont été plantés. Une installation dynamique (les panneaux pouvant pivoter), pilotée à distance, s’étendant sur plus de cinq hectares. Le groupe Sun’R a investi 25 M € en R&D depuis dix ans pour cet outil, en partenariat avec l’INRA, l’IRSTEA et des sociétés privées comme ITK, avec le soutien financier d’institutions, notamment de la Région. Un projet qui a séduit Pierre Escudié, du domaine de Nidolères, qui a signé un bail emphytéotique avec Sun’R. Le vigneron cherchait en effet une solution contre le stress hydrique et l’augmentation du taux d’alcool dans le vin.

“Je pense avoir, au moins en partie, trouvé une solution”
“Depuis une vingtaine d’années, nous observons les effets du réchauffement climatique sur la plante, sur la souche et nous le retrouvons dans le vin », a-t-il expliqué lors de l’inauguration. « Une plante qui souffre ne peut pas faire de bon produit ! Si nous ne trouvons pas une façon de protéger la vigne dans les Aspres, il y aura un problème à l’avenir. Je pense avoir, au moins en partie, trouvé une solution”.
“Les algorithmes de conduite des panneaux sont définis selon le moment de la journée, la typologie de la vigne et de ses besoins, suivant aussi des modèles météorologiques” explique Antoine Nogier, président de Sun’R. Ce dispositif innovant doit permettre de faire de l’ombre en été, de laisser passer le soleil au besoin, mais aussi de réduire les risques de gel en créant un effet de serre par sa seule présence… On peut même l’envisager comme outil para-grêle, en y ajoutant des filets. Car la R&D n’est jamais terminée, Sun’R travaillant sur une nouvelle génération de l’outil.

“Un projet exemplaire”
Ce partenariat se veut gagnant-gagnant, l’installateur bénéficiant pour sa part des bénéfices de la revente de l’électricité. La Chambre d’agriculture étudiera les effets sur la vigne et le vin : cette parcelle plantée de trois cépages et irriguée sera comparée à une parcelle témoin voisine. “Le photovoltaïque et la Chambre d’agriculture, ça n’a pas toujours été une histoire d’amour”, rappelle son président, Michel Guallar. “On a vu fleurir des structures qui n’avaient pas grand-chose à voir avec l’agriculture. Ici, on est, je pense, sur un projet exemplaire en tous points.” “Ce type d’installation ne génère pas de conflit d’usage mais, au contraire, sanctuarise l’espace agricole et peut même permettre la reconquête de terres agricoles comme ici” souligne Antoine Nogier.

La plante sera-t-elle toujours priorisée ?
Reste un doute : comment s’assurer que l’orientation des panneaux sera choisie prioritairement pour les besoins de l’agriculture et non de la production d’énergie ? Si, dans le cas présent, Sun’R a tout intérêt à prioriser les résultats agronomiques et organoleptiques pour prouver la performance du système, à l’avenir d’autres installateurs pourraient être moins bien intentionnés. Encore faudra-t-il alors pouvoir border juridiquement les contrats.

Fanny Linares

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