Philippe Dunoguier, caves de Rocbère : “Nous sommes dans une phase de reconquête”

Mal-en-point il y a quelques années, les caves de Rocbère, à Portel des Corbières, ont redressé la barre. Aujourd’hui la situation financière de la coopérative est assainie et quelque 190 coopérateurs y produisent 50 000 hl de vin en moyenne. Reste à transformer l’essai… Entretien avec le directeur général, Philippe Dunoguier.

L’Agri : Comment s’annonce cette récolte 2017 ?
Philippe Dunoguier : Nous sommes encore un peu dans l’expectative, mais nous savons d’ores et déjà que ce sera une petite récolte.

Lorsque vous êtes arrivé à la direction des caves de Rocbère en 2013, vous aviez pour mission de redresser la situation financière de la coopérative…
Effectivement, il fallait assainir, restructurer et rétablir la rémunération des producteurs. Nous avons lancé un plan, “Rocbère 2018”, qui a été validé en 2014. J’ai bénéficié d’une conjoncture favorable, puisque le cours du vrac, en Corbières, est passé de 85 €/hl prix moyen en 2013 à 110 €/hl en 2016. Dans le même temps nous avons externalisé la gestion du site touristique Terra Vinea, qui reçoit 30 000 personnes par an. Nous avons pris un certain nombre de mesures pour réduire les coûts d’exploitation qui étaient très élevés. La rémunération a pu augmenter de 37,58 % entre la récolte 2012 et la récolte 2015, ce qui n’est pas négligeable.

Et aujourd’hui ?
Nous sommes dans une phase de reconquête. Nous travaillons sur l’une de nos faiblesses : le potentiel viticole. L’outil est calibré pour 80 000 hl quand nous en produisons 50 000. Nous avons répondu à un appel à projets européen, Terra Rural, en partenariat avec la Chambre d’agriculture de l’Aude, avec des financements à la clef. Nous aurons une réponse en octobre.

“Ramener 100 ha de friches en production”

Notre projet se décompose en trois volets : une veille pour qu’il n’y ait pas d’immobilier qui nous échappe. Deuxième idée, travailler sur les friches… Nous en avons 3 000 ha aux alentours ! Bien sûr, tout n’est pas exploitable. L’objectif est de ramener 100 ha en production. Troisième phase : attirer de nouveaux adhérents. Pour cela il faut rendre le métier attractif. Nous avons embauché un jeune qui réalise un travail important, Baptiste Fraisse, et un groupe de vignerons s’est formé et a rédigé une charte. Il y a une émulation.

Comment comptez-vous attirer de nouveaux adhérents ?
Par une aide financière à l’hectare, des avances et prêts de trésorerie, un tuteur, la mise à disposition d’un technicien viticole et bien sûr nos ressources administratives. En échange, le vigneron s’engage pour dix ans.

Les rémunérations que vous apportez actuellement aux adhérents sont-elles suffisantes ?
Elles ne le sont jamais ! L’équation se joue entre le prix du marché, les coûts de structure, le taux de vinification et le rendement. Nous travaillons sur une refonte de la grille des paiements pour inciter à de meilleures pratiques culturales et à une augmentation des rendements. Nous accompagnons les vignerons sur ces points techniques. Lorsqu’on mesure la rémunération du kilo de raisin apporté, nous sommes dans le premier tiers des coopératives. Nous avons contractualisé notre vrac avec de grands négociants, avec une mensualisation. Nous pouvons payer tout le monde en temps et en heure.

“Je voudrais dénoncer une course à l’échalote entre coopératives”

Avez-vous perdu beaucoup d’adhérents ?
Beaucoup, non : c’est à la marge. Mais ce n’est pas logique.

Commercialement, quels sont vos projets ?
C’est le deuxième aspect de notre plan : mieux valoriser nos hectolitres. J’ai initié il y a deux ans un partenariat avec Sud de France, dans le cadre du Contrat développement export. Nous voulons valoriser un million de bouteilles et obtenir un demi million d’euros supplémentaires sur cinq ans sur de la bouteille. Nous visons en particulier les marchés du Benelux et des USA. Nous avons des locomotives régionales comme Gérard Bertrand, il faut leur emboîter le pas.

Comment voyez-vous l’avenir des caves de Rocbère ?
Je pense que dans dix ans, sur la vallée de la Berre, il y aura un seul opérateur. J’espère que ce sera les caves de Rocbère ! Notre situation financière est assainie, la rémunération des adhérents est correcte. On a besoin de reconquête, il faut maintenir notre potentiel viticole et valoriser nos bouteilles. Tout ce qui pourra apporter du plus, on le prendra !

Des éventualités de rapprochements ?
Aucun sujet n’est tabou. C’est moi qui le dis, mais je pense que le conseil d’administration voit aussi les choses ainsi.

Propos recueillis par Fanny Linares

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