Ours : et si le randonneur comptait plus que les troupeaux ? [par Jean-Paul Pelras]

Le sujet est délicat. Tellement délicat qu’il divise au moment des repas familiaux et des apéros entre amis. Faut-il combattre la présence de l’ours dans les Pyrénées ? Oui, non, peut-être…
Même ceux qui ne sont pas franchement écolos hésitent, au nom de la biodiversité, au nom de l’équilibre des espèces et des espaces. Sur ce sujet et depuis que j’écris dans L’Agri, chacun connaît ma position : entre l’agneau et le plantigrade, c’est le second qui n’est pas le bienvenu. Plus une semaine en effet sans qu’une attaque soit constatée dans les Pyrénées, dans le Mercantour, dans les Alpes, dans le Massif Central avec, à l’origine du carnage qui se chiffre parfois en dizaines de brebis, une attaque d’ours ou de loup.
J’ai souvent écrit qu’un jour un randonneur ou un groupe de touristes allaient faire les frais d’une mauvaise rencontre et que le prisme médiatique, prompt à célébrer la présence de ces espèces dans nos montagnes, allait prendre une toute autre orientation. Quand, en cas d’attaque sur l’homme, ce ne sera plus l’hélicoptère du ministre de la Transition écologique qui viendra survoler nos vallées, mais celui de la Sécurité civile pour, si nous voulons rester optimistes, hélitreuiller les blessés. Décision prémonitoire ou simple mesure de sécurité, le maire d’Ustou, en Ariège, Alain Servat, vient d’interdire la semaine dernière la randonnée sur une partie du massif communal. L’élu invoque un danger pour l’homme, car quatre ours se seraient approchés à plusieurs reprises d’un troupeau de brebis. Dans le même temps, le groupement pastoral a déposé une plainte contre l’État pour mise en danger de la vie d’autrui et la préfète d’Ariège a déclenché le protocole “Ours à problème”.

“Le repli des idéaux environnementalistes n’adviendra que le jour où l’on retrouvera seulement sa paire de jumelles à la place de l’écologiste.”
Le risque pour le chaland serait donc avéré. Avec cet épisode, va-t-on assister à la fin d’une lubie environnementaliste qui préfère, au maintien de l’activité économique, la réintroduction d’une espèce à risque pour les troupeaux et peut-être désormais pour l’espèce humaine ? Pas encore, car le seuil crucial (et fatal) de l’attaque envers le promeneur n’a pas encore été franchi de ce côté ci des Pyrénées. Le repli des idéaux environnementalistes n’adviendra que le jour où l’on retrouvera seulement sa paire de jumelles à la place de l’écologiste. Et ce qui était un atout touristique se transformera rapidement en éventualité inquiétante, en consignes de sécurité anxiogènes, en drame dissuasif…
Pour se consoler, les inconditionnels du retour à la nature tels que nos ancêtres, confrontés au dangers que représentaient les espèces sauvages, ne la souhaitaient plus, peuvent toujours se procurer l’excellent ouvrage, quoique un peu décalé, de Mycle Hansen : “Au secours, un ours est en train de me manger”. Extrait : “Vous pensez que vous avez des problèmes ? Moi, je suis en train de me faire dévorer par un ours ! Et vous vous inquiétez pour l’environnement ? Tiens donc ! Votre environnement vient juste de me bouffer un pied !”

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