Mas Terregalls : la basse-cour des hauts-plateaux

À Err, Séverine Ester et Franck Pélissier produisent du canard gras et de la volaille depuis 2008. De l’énergie et des investissements financiers, pour faire fonctionner un modèle fermier. Récit d’une installation… Et de sa pérennisation.

La piste quitte le village d’Err, sillonne pendant quelques centaines de mètres sur le plateau cerdan avant de grimper vers la ferme. Ici, à 1 350 mètres d’altitude, Franck Pélissier et Séverine Ester ont créé l’EARL Mas Terregalls en 2008. “Il n’y avait que des prairies. Le laboratoire a été construit par des professionnels et nous avons fait nous-mêmes les clôtures et les bâtiments de stockage et d’élevage” raconte Séverine. Cette installation a nécessité beaucoup d’implication et de gros investissements… Comme pour tout projet incluant de la transformation animale. “Mon souhait, c’était de maîtriser la production de A à Z” explique l’éleveuse, qui connaissait déjà bien le métier, pour avoir suivi des études agricoles et travaillé pendant dix ans au Mas Lluganas, à Mosset. Franck, lui, venait d’un univers pas si éloigné, il était cuisinier de métier. Une expérience utilisée pour le volet “traiteur” de son activité actuelle. 

1 750 canards mulards et 1 500 volailles

Aujourd’hui, les deux associés élèvent 1 750 canards mulards par an. La plupart arrivent sur l’élevage âgés d’un jour et sont élevés jusqu’à 13 à 18 semaines, au début en poussinière, puis au grand air, avant d’être gavés pendant 13 à 14 jours. Un schéma d’élevage qui change entre février et mai, où les canards arrivent sur la ferme déjà prêts à être gavés, les conditions hivernales difficiles, notamment le gel de l’eau, ne rendant pas l’élevage possible.
Le Mas Terregalls élève aussi environ 1 500 poulets, pintades et canettes de mi-mai à mi-décembre, vendus prêts à cuire. L’alimentation varie selon l’âge mais Séverine et Franck s’en tiennent à un aliment complet français 100 % végétal et sans OGM, du maïs et du blé. La commercialisation se fait à près de 90 % en vente directe, de plus en plus sur les foires et marchés. Le Mas Terregalls est aussi présent aux boutiques de producteurs d’Err et Cabestany (O’Prés, toute nouvelle) ainsi qu’à celle de Saillagouse, qui est ouverte de mi-juin à mi-septembre, et chez quelques épiceries fines. “Nous n’avons pas de problème de débouchés, c’est plutôt le décalage entre la production de début d’année et le pic de ventes entre mi-juillet et fin décembre qui est compliqué à gérer” explique Séverine. Ces dernières années, la problématique la plus importante a toutefois été celle de la grippe aviaire.

Coûteuses mesures de biosécurité

“Il y a deux ans, l’aire de confinement était énorme et incluait les couvoirs. Nous avions eu des problèmes d’approvisionnement. Cette année, ça n’a pas été le cas. En revanche nous avons dû investir 8 000 € dans des mesures de biosécurité”, explique Séverine. “Il a fallu installer des sas entre les productions, des doubles grillages entre les poulets et les canards… Comme l’exploitation est en pente, nous avons dû mettre en place un système de récupération des eaux.” Dans leur fonctionnement quotidien, les éleveurs doivent donc se changer lorsqu’ils entrent dans l’élevage de canards, puis lorsqu’ils passent à l’élevage de poulets, puis à nouveau lorsqu’ils refont le chemin en sens inverse. “Ce qu’on n’arrive pas à comprendre, c’est qu’on nous impose ces mesures alors que nous sommes sur un système autarcique : nous ne vendons pas de bêtes vivantes à l’extérieur. Ce qui se passe sur l’exploitation devrait être de notre responsabilité propre. En cas de problème, nous n’avons à nous en prendre qu’à nous même.” Malgré les difficultés et les aléas, “je ne regrette pas cette installation, confie Séverine. Je suis passionnée depuis toute petite.” Changer de métier ? Quand les poules auront des dents…

Fanny Linares

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