Marché de gros : peut-être…

Une fois n’est pas coutume, jeudi dernier les agriculteurs ne s’étaient pas transportés sur un péage autoroutier ou devant la préfecture pour manifester leur mécontentement. Mais sous les nombreuses fenêtres de Perpignan Méditerranée Métropole, où une délégation, appuyée par la FDSEA et les JA 66, fut reçue pendant plus de deux heures par Jean-Marc Pujol, président de cette collectivité.

DES tracteurs chargés de légumes, de bâches plastiques, de paillage, de goutte à goutte, des camions frigos sur lequel étaient clairement inscrit “non au démantèlement du Marché de gros”, une circulation complètement bloquée sur le boulevard Saint Assiscle, des coups de klaxon, quelques pétards et, entre la gare et l’hôtel d’Agglo, une centaine de producteurs et de grossistes battant la semelle en attendant le retour de la délégation. Une délégation qui n’est pas revenue bredouille puisque, comme l’explique Alain Figuères, président du Marché de gros : “Avant la fin de l’année nous avons pris l’engagement de trouver des locataires pour remplir les locaux de la halle aux grossistes. Et ce, afin que le montant des locations puisse, à terme, compenser le prix de la vente”. Une vente effective depuis quelques mois qui pose problème puisque, selon les usagers du Marché de gros, elle n’apporte aucune garantie sur le devenir du site initialement prévu pour la commercialisation en vente directe des fruits et légumes (voir ci-dessous). Et Alain Figuères de préciser : “Une réunion est prévue avec le préfet la semaine prochaine. Ensuite nous rencontrerons les élus de PMM le 3 janvier pour tenter d’avancer sur ce dossier.” Reste à savoir, si producteurs et grossistes trouvent des locataires, ce qu’il adviendra de la vente ? Sera telle annulée par le biais des recours administratifs déposés ? Ou bien un compromis sera-t-il trouvé entre PMM, l’acheteur et les usagers du Marché de gros ? Ce dont ne veulent pas, de toute évidence, les producteurs et les grossistes, décidés à sanctuariser le site afin qu’il soit, comme l’était le marché lorsqu’il était situé en ville, exclusivement dédié à l’activité agricole.

J-Paul Pelras

Analyse et… Perspectives

Et si, au lieu de réduire la zone, il fallait, au contraire, lui donner une “dimension agricole” plus conséquente ?

Vu de l’extérieur, l’affaire peut paraitre un peu compliquée. Avec des usagers qui dénoncent la vente par Perpignan Méditerranée Métropole de locaux attenants au Marché de gros à un grossiste importateur qui se retrouverait, selon eux, en situation de quasi-monopole. Sept recours ont d’ailleurs été engagés au tribunal administratif pour que cette vente soit annulée. En clair, producteurs et grossistes redoutent l’isolement d’une zone de chalandise pouvant être réduite, d’ici quelques années, à sa portion congrue. Autrement dit à la halle aux carreaux uniquement. Ils réclament que la zone reste inaliénable et demeure dans le périmètre du marché. À cela rajoutons une bonne dose de politique politicienne avec, à l’aune des municipales, des candidats qui se précipitent au chevet des producteurs locaux comme ils le font dès que nécessaire auprès des importateurs du Marché Saint Charles. Un grand écart qui, à droite comme à gauche, en marche comme à l’arrêt est devenu une sorte de spécialité locale. Avec une main posée le lundi sur l’omoplate de l’agriculteur victime des compétitions déloyales et l’autre, posée le mardi sur l’épaule de celui qui profite de ces mêmes distorsions. Bien malin celui qui peut dire ou seront passés, en avril prochain, les protagonistes du moment, leurs promesses, leurs soutiens et leurs engagements. Une chose est en revanche certaine : les agriculteurs seront toujours là avec des marchandises à écouler, des emprunts à payer, des salaires à verser…

20 ans de retard…
Abordons à présent la question du site avec d’autres hangars à louer ou à vendre sur la barre située avenue de Milan. Qui achètera ces immeubles ? Le syndicalisme agricole sera-t-il toujours mobilisé comme il l’est actuellement auprès des producteurs du Marché de gros ? Question subliminale qui mérite en tout cas d’etre posée. Avec, en corolaire et sur une toute autre démarche, celle concernant le projet de légumerie et de vente directe proposé récemment par la Chambre d’agriculture. En résumé, si le combat des producteurs arrive avec deux ans de retard puisque la vente de la zone grossiste est actée depuis quelques mois, c’est avec 20 ans de retard que le monde agricole s’intéresse enfin à ce périmètre, idéalement situé aux portes de Perpignan et non loin de l’autoroute. 20 ans que les responsables agricoles auraient pu mettre une option sur ces locaux, ces parkings, ces terrains susceptibles de répondre à une demande économique, mais également administrative.
Avec, pourquoi pas, la délocalisation de l’établissement consulaire et des organismes agricoles qu’il héberge, aujourd’hui enclavé sur une avenue de Grande Bretagne inaccessible aux heures de pointe et où le stationnement est devenu bien compliqué. Pourquoi ne pas rebattre les cartes, engager une véritable négociation, repenser l’espace qu’il faut dédier à l’agriculture, toutes filières confondues, sur un site qui pourrait contribuer à la revitalisation des métiers ? Et donnerait aux agriculteurs l’impression d’être enfin considérés.

Jean-Paul Pelras

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