Loi alimentation : et le paysan dans tout ça ?

Tout a commencé par quelques députés LR qui ont proposé un amendement visant à faire adopter le terme “chocolatine” alors que le monde agricole attend des réponses sur le revenu et sur ses relations avec les distributeurs. C’est dire comment les préoccupations paysannes sont perçues depuis Lutèce et les ors du palais Bourbon.
Ce fut ensuite au tour du groupe LREM d’intervenir pour, d’une certaine façon, graver dans le marbre la proposition de Macron visant à interdire l’utilisation du glyphosate dans un délai de trois ans. Histoire de renvoyer un peu l’ascenseur dans le camp de Hulot avec un amendement (finalement retoqué) porté par Mathieu Orphelin, proche du ministre de l’Écologie. Sans oublier l’étiquetage des traitements phytosanitaires sur les fruits et légumes frais qui sera rendu obligatoire en 2023. Évoquons, dans la foulée, les pubs alimentaires, le débat autour du menu végétarien dans les cantines, ou encore, comme par hasard et alors que Sophie Marceau vient de dénoncer les méthodes de l’industrie volaillère, la question des caméras dans les abattoirs. Une loi alimentation qui devait être bouclée le 30 mai avec 2 719 amendements déposés et une question : et les paysans dans tout ça ? Ou comment les responsables agricoles ont-ils pu accepter pareille supercherie ? Bon nombre d’observateurs, dont le journal l’Agri courant 2017, doutaient du bien-fondé des États généraux de l’alimentation avec, rappelons-le, des ateliers présidés par le directeur des produits frais Danone, par le PDG de Système U ou, entre autres, par Dominique Voynet. Car, en définitive, que faut-il voir derrière cette “expérimentation” de deux ans qui consiste, par exemple, à relever de 10 % le seuil de revente à perte ? Si ce n’est une manière de conforter la marge des distributeurs… Lesquels ont reconnu “la main sur le cœur” que la guerre des prix n’avait que trop duré.

Qui va tenir la calculette ?

Des prix qui seraient donc calculés en fonction des coûts de production avec cette énième interrogation : qui va tenir la calculette ? Là encore l’amendement du député-éleveur Jean-Baptiste Moreau avait de quoi désorienter le monde agricole puisque ces données ne devaient plus être fournies par la profession mais par des observateurs indépendants. Signalons également que ce rapporteur, après avoir proposé la sortie des produits agricoles et alimentaires de la convention unique visant à privilégier, aux négociations annuelles, les négociations commerciales pluriannuelles, a retiré son amendement.
Beaucoup de tergiversations pour une loi mal préparée qui, de surcroit, ne tient pas compte des réels problèmes rencontrés par l’agriculture française. Celle qui fait face à une déferlante de normes administratives et environnementales. Celle qui n’obtiendra ici aucune réponse concrète aux distorsions de charges intra-européennes, premières responsables de la déprise paysanne. Une loi qui n’en sera pas une, car elle va suggérer sans imposer une conduite aux distributeurs. Comment pourrait-il en être autrement dans un pays où les grandes surfaces jugulent l’inflation ? Ce qui, en autorisant un certain pouvoir d’achat, désamorce les tensions sociales et sert la conscience des gouvernements successifs depuis trois décennies. Voilà pourquoi les pains aux chocolats avaient peut être un petit goût de déni.

Jean-Paul Pelras

(Nous reviendrons sur ce qui aura été décidé le 30 mai dans notre prochaine édition)

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