L’impasse !

Bien sûr il commença par donner un bon coup de clairon régalien, histoire de tancer les trublions de service, tout en affirmant sa supériorité jupitérienne. Ensuite, car malgré tout l’aventure continue, il essaya de ne pas trop désavouer ses ministres, à l’instar de ce qu’il venait de faire avec le premier d’entre eux, en gelant la hausse des taxes sur les carburants. Désaveu d’autant plus symbolique qu’il concerne également quelques écologistes censés cheminer à ses côtés, en mai prochain, vers les Européennes. Pour ne pas trop heurter sa garde rapprochée, il n’a donc pas contredit Muriel Pénicaud, ministre du Travail qui disait, la veille encore, que le Smic n’allait pas augmenter. Effectivement, même s’il a pris 100 euros au passage, le salaire minimum n’a pas augmenté puisque, comme chacun le sait désormais, la dite somme comprend l’augmentation de 20 euros prévue initialement en janvier, la diminution également prévue de 20 euros sur les charges salariales et, à la louche, 60 euros correspondant à la prime d’activité échelonnée sur 3 ans qui sera donc rapatriée dans son intégralité sur le millésime 2019. Une aide qui devrait concerner entre 1,6 et 3,2 millions de salariés.
Vient ensuite l’abandon de la hausse sur la CSG où Macron, sur ce coup-là, contredit son ministre de l’Économie, avec, il faut le reconnaitre, un geste envers les retraités. Ceux qui seront un peu moins taxés, mais qui ne verront pas pour autant leur pouvoir d’achat augmenter.
Arrive ensuite l’exonération fiscale sur les heures supplémentaires à condition bien sûr, conjoncture oblige, que le salarié puisse prétendre à ce temps de travail. Évoquons enfin la prime pouvant atteindre 1 000 euros exonérée d’impôt pour les salariés et de charges pour les entreprises. Une prime qui, selon le célèbre adage, “donne-moi ta montre et je te donnerai l’heure” n’engage que celui qui la propose dans la mesure où elle est au bon vouloir des employeurs.

Laisser filer les dépenses ou attiser la vindicte sociale
Des employeurs qui se demandent certainement comment ces 10 milliards d’euros imputés aux finances de l’État vont être récupérés, la France devant respecter la barre des 3 % de déficit infranchissable imposée par Bruxelles. C’est sur ce point et en espérant pouvoir faire sauter ce verrou que Macron pourrait retrouver un peu d’oxygène tout en suscitant, de facto, une forme de jurisprudence virale au sein d’une Europe qui devra choisir entre laisser filer ses dépenses ou attiser la vindicte sociale.
Autre alternative pour compenser ce manque à gagner fiscal, l’éventuel non remplacement (par un chapelet d’exonérations prévu dès 2019) du Crédit impôt compétitive emploi. Ce CICE qui permit aux entreprises françaises en 2018 d’économiser 21 milliards d’euros et pour les plus modestes d’entre elles d’équilibrer leurs comptes ou de minorer leurs déficits… Rien ne dit que le gouvernement sera tenté par la non réaffectation de cette somme. Rien ne dit qu’il maintiendra ses engagements…
Reste, alors que l’Exit-tax vient d’être allégée, l’éventuel retour de l’ISF (voir ci-dessous) qui ne fut, bien sûr, pas évoqué malgré l’impact positif que son rétablissement aurait pu avoir sur le moral des gilets jaunes.
Et d’autres mesures comme l’abaissement du taux de TVA sur les produits de consommation courante alors que, dans le même temps, une hausse de cet impôt sur les produits de luxe n’aurait pas ému grand monde.
Et bien non, Macron ne touchera ni aux dividendes du CAC 40, ni à la baisse d’une dime qui aurait pourtant eu un impact immédiat sur le pouvoir d’achat et sur la relance de l’activité économique.
Reste donc à savoir qui, des gilets jaunes ou du président de la République, remportera désormais ce bras de fer dans ce qui ressemble de plus en plus à une impasse politique.

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