Lettre au rédacteur en chef du Nouvel Observateur

Monsieur Sylvain Courage,
Dans votre éditorial du 18 novembre, vous osez déclarer au bout de quelques lignes où le mépris et la suffisance l’emportent rapidement sur l’objectivité : “Debout les damnés de la pompe. Et en route pour l’Elysée qui leur a si mal parlé… Rien de mieux qu’un gilet taille unique pour corriger les inégalités qui minent notre société. Les manifestants du 17 novembre ont spontanément créé un embryon de milice populaire en uniforme.” Et vous terminez au terme d’un long défoulement qui passe en revue “la jacquerie” de la “France périphérique” avec ses “poujadistes” et ses “sans culottes” par l’inévitable couplet de ceux qui savent forcément ce qui est bien pour nous : “Ce populisme doit être désigné comme tel. Dans la quête d’un chef à poigne, il pourrait bientôt soutenir la comparaison avec ceux qui ont porté Trump, Orban ou Salvini au pouvoir. Le gilet jaune en plus.”
Mais pour qui vous prenez vous ? Si ce n’est pour un enfant gâté et condescendant gravitant dans une galaxie médiatique entretenue par les subsides de l’État. Le rapport annuel de la Cour des Comptes 2018 indique à ce titre que, en 2017, le secteur de la presse écrite a perçu un montant d’aides compris entre 580 millions et 1,8 milliards d’euros… Des aides, à n’en point douter, prélevées dans l’escarcelle de ceux qui battaient la semelle samedi dernier et en début de semaine sur les ronds-points comme en apostille de ces routes départementales où vous n’allez certainement pas souvent laisser trainer vos bottillons.

Des points de vue calibrés depuis Lutèce où vous officiez loin de nos réalités quotidiennes
Vous êtes, cher confrère, responsable d’une terrible démultiplication. Celle qui submerge la France avec des points de vue calibrés depuis Lutèce où vous officiez loin de nos campagnes et de leur réalité quotidienne. À l’esprit critique, vous préférez la provocation mercantile et, tant qu’à faire, subventionnée. Cette provocation qui, de facto, balaie d’un revers de plume peu amène les difficultés actuelles et les inquiétudes à venir. Vous le faites en agitant le spectre marchand du “populisme” sans vérifier au préalable ce que signifie ce mot. Quitte à le dénaturer dans le boustrophédon intellectuel d’une pensée unique qui absout vos paroles comme certains apprécient la qualité d’un vin uniquement en évoquant le nom figurant sur l’étiquette.
Avant de lire votre prose, je comptais évoquer dans mon éditorial le mépris du premier d’entre nous à l’égard de son peuple. Vous venez de me fournir, monsieur, le résumé des résumés, puisqu’il vient de trouver avec vous le plus seyant de ses intercesseurs. À défaut de vous adresser mes plus confraternelles pensées, j’adapterai, pour clore ce propos, cette citation de l’écrivain Pierre Daninos : “Nous étions au bord du précipice. Avec des journalistes de votre envergure nous venons de faire un grand pas en avant”.

Jean-Paul Pelras
Rédacteur en chef du Journal l’Agri
des P.-O. et de l’Aude qui ne perçoit
aucune subvention publique.

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