Lettre au Père Noël, qui ne doit pas oublier nos politiques [par Jean-Paul Pelras]

Monsieur,
57 vendanges au pressoir et je ne vous ai jamais adressé de courrier. Ce qui, je l’espère, me donne droit à un peu de considération de votre part. Sachant que, préférant laisser les jouets aux enfants et vos produits dérivés à leurs parents, ma demande porte sur une faveur particulière. Pouvez-vous, cher Père-Noël, si vous êtes encore autorisé à vous transporter d’une cheminée à l’autre, livrer quelques jeux de société à l’Élysée, à Matignon, à nos ministres, à nos parlementaires et à leurs attachés. Inutile de vous charger en “Monopoly”, ils y jouent suffisamment depuis qu’ils sont tous petits. Évitez le “Jeu de l’oie”. Certains, redoutant la case prison, risquent, in petto, de vous retourner le colis. Idem pour “La bonne paye”, ils pourraient hurler à la provocation. Il y aurait bien le “Docteur maboul” ou les coffrets de bricolage. Mais, considérant les circonstances, le dit présent pourrait être perçu comme un outrage. En revanche, si vous trouvez encore un magasin où vous approvisionner et un marchand qui ne redoute pas d’être sanctionné, pourriez-vous charger sur votre traineau quelques boites de mécano, des jeux de construction, une ferme et ses animaux… N’oubliez surtout pas le mode d’emploi qui va avec, les cotisations sociales et les feuilles d’impôts, les destinataires de ce genre de cadeau ne sachant pas toujours se servir d’un outil, ne connaissant pas forcement les péripéties de la vie, ni les aléas du boulot. S’il vous reste un peu de place à l’arrière du chariot, merci de vous procurer un nécessaire de coiffure, un petit atelier de couture et quelques bouquets de fleurs pour rappeler aux députés et aux sénateurs que les artisans existent encore malgré les fermetures décidées par le gouvernement et les taxes votées par le législateur.

Ici-bas désormais, seules les amazones ont le droit de circuler…
Si votre renne peut encore le supporter, pensez également à vous procurer quelques puzzles pour recoller les morceaux de ces bistrots et de ces restaurants qui ont dû baisser le rideau et déposer leurs bilans. Ah, j’ai failli oublier : au passage, livrez quelques sapins du côté de Bordeaux. Pensez à avancer masqué et n’oubliez surtout pas votre laissez-passer dûment complété si vous ne voulez pas risquer la prune de l’agent verbalisateur. Car, ici-bas désormais, seules les amazones ont le droit de circuler. Que vous dire d’autre, si ce n’est de passer saluer nos anciens, cloitrés derrière leurs rideaux ou happés par les mouvements brusques du destin, le regard perdu dans un ciel plus souvent sans dieu que sans nuages. Dites-leur que nous ne les avons pas abandonnés, même s’ils ne savent pas toujours pourquoi nous n’allons plus leur rendre visite au bout de leur âge. Enfin, permettez-moi de vous solliciter une dernière fois en vous demandant de livrer quelques journaux où la vérité l’emporte sur la manipulation, où l’on puisse lire autre chose que ce qu’ils essayent de nous vendre, dans une overdose de fausses informations, le soir à la télévision. Voilà, cher monsieur, je vous aurais bien demandé un peu de plus de démocratie, un peu moins de conneries, un peu plus de paix, mais nous savons tous que vous n’êtes pas forcément, sur ces questions-là et depuis votre lointaine Laponie, le bon messager. Bon voyage Père-Noël, et surtout ne vous laissez pas influencer par ceux qui prétendent, car ils veulent aussi nous empêcher de rêver, que vous n’avez jamais existé.

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