Lettre à un confiné [par Jean-Paul Pelras]

Cher monsieur,
je vous écris depuis ces contrées isolées où la notion même de couvre-feu n’existe pas puisque, de celui qui sort chercher son bois à la tombée de la nuit à celle qui ferme ses volets après “les informations”, personne ici n’est concerné par ce genre d’injonction. Il paraît d’ailleurs que le terme “confinement” serait, si l’on s’en réfère à une récente déclaration du premier d’entre nous, inadapté à la situation. Le locataire de l’Élysée préférant évoquer des “mesures de freinages supplémentaires” tout en recommandant aux Français de ne pas s’enfermer.
Bien que n’étant pas particulièrement enclin à m’apitoyer sur le sort des urbains, je suis bien obligé de compatir car, à défaut d’être discordant, le message n’en est pas moins inconséquent. Équipé de ces autorisations de sorties qui confinent surtout au ridicule, puisque même ceux qui les ont imaginées ont dû les supprimer dans la foulée, vous allez donc, cher monsieur, dans des proportions qui restent à l’appréciation de celui qui va vous verbaliser, tenir le journal de vos activités comme vous le faites depuis une année. Une année à vivre au rythme de ce qui est interdit ou autorisé. Une année à essayer de suivre le cheminement d’une politique irrationnelle pour certains, justifiée pour les autres. Selon que l’on se situe du côté de ceux qui doutent ou du côté de ceux qui redoutent.
Alors, afin de soulager un peu votre persécution, essayons de deviner où vont vous mener toutes ces décisions. À l’été peut être, avec un nouveau conditionnement de votre modus vivendi, différent du millésime précèdent, avec une contention à géométrie variable en fonction des chiffres de la contamination et du lieu où vous irez retrouver la mémé, le pépé, la cousine, la tantine, le tonton. Une entorse aux recommandations scientifiques en quelque sorte, un privilège que vous accorderait le pouvoir dans sa grande mansuétude, au risque de devoir envisager de nouvelles mesures coercitives à l’automne et ainsi de suite jusqu’au prochain été où vous aurez, atteint du syndrome de Stockholm, pris l’habitude de vous résigner. Car, vous en conviendrez, ce bricolage des calendriers peut nous mener ad vitam æternam vers une échéance qui dépasserait à la fois l’entendement et les plus sombres prédictions du mystérieux conseil de défense.

Restent les élections dont tout le monde parle comme s’il s’agissait finalement du vaccin le plus approprié pour lever définitivement le temps des contentions. Le résultat des suffrages pouvant être intimement lié, non pas à l’éradication de la pandémie, mais aux conséquences que le confinement pourrait avoir sur le moral et l’économie.
Jusqu’où les Français pourront-ils supporter les sommations et les sanctions qui leurs sont corrélées ? C’est la question que vous vous posez peut-être en vous rappelant ce bon vieux temps où vous pouviez encore dépasser le coin de la rue ou la proue de l’avenue pour y promener votre animal de compagnie, commander un café dans un bistrot et échanger quelques mots avec un ami sans avoir à regarder la montre et risquer, pour votre éphémère liberté, quelques 135 euros.
Car il est, à partir de maintenant, un calcul beaucoup plus préoccupant pour nos gouvernants que celui concernant le nombre de personnes impactées par ladite maladie. Vous l’aurez compris, il s’agit bien entendu de celui qui leur permettra de rester en place sur la plus haute marche du pays. Vous allez donc, cher confiné, devoir patienter encore un peu, quelques semaines tout au plus. Car, passé ce délai, l’arrivée des beaux jours et la traditionnelle sève insurrectionnelle de mai pourraient avoir raison de toutes ces mesures mises en place pour vous garder en bonne santé.
Soyez donc rassuré, sans plus tarder et car il ne faut surtout pas risquer son maroquin pour quelques actes manqués, les politiciens zélés du vaccin vont se transformer, à n’en point douter, en stratèges attentionnés du scrutin.

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