Lettre à Jérôme Salomon, qui s’occupe de notre santé… [par Jean-Paul Pelras]

D’ici quelques années, lorsque nos enfants évoqueront votre nom, ils diront peut-être : “c’est le monsieur qui passait tous les soirs à la télévision l’année où ils ont commencé à tout interdire.” Tout simplement car ils auront gardé de vous le souvenir de ce scientifique qui venait, pendant ce que nous appelions “le confinement”, énumérer le nombre de victimes du coronavirus et les contraintes successives imposées par le gouvernement. Vous étiez devenu en quelque sorte, si l’on s’en réfère à quelques célèbres visiteurs du soir, à la fois notre Maître Capello pour nous aider à compter et notre Calimero pour nous encourager à désespérer. Vous arriviez, un peu avant le journal de 20 h, idéalement diffusé par notre chère mère cathodique entre le potage aux vermicelles et la quiche aux brocolis. Votre visage nous était devenu familier. Un peu comme quand Nounours, Pimprenelle et Nicolas nous souhaitaient bonne nuit avant de s’éloigner sur un nuage pendant qu’Ulysse, là-haut dans le ciel, nous jouait un morceau de pipeau. À bien y regarder, entre l’enfance et le temps des contentions, les choses n’ont guère évolué, vous étiez la réincarnation du marchand de sable et Jupiter s’occupait alors de l’avancée des travaux. Des travaux quelque peu chaotiques si l’on se souvient de cette phrase prononcée un 17 mars de l’an de grâce 2020 : “Ne portez pas de masque”. Vous rajoutiez ce soir-là dans une tirade que l’histoire retiendra peut-être : “Les masques sont une denrée rare, c’est un bien précieux, et il faut vraiment le réserver aux situations où il est utile.” Et puis il fallut faire volteface, imposer ladite protection à toute la population et verbaliser, le cas échéant, le quidam qui ne voulait pas obtempérer.

Pirouette d’État…
Convoqué devant le Sénat pour expliquer ce demi-tour vous avez, quelques mois plus tard, évoqué du bout des lèvres la pénurie qui conditionnait pourtant votre recommandation, mais aussi “l’évolution des connaissances”. Emballé, c’est pesé. Un siècle après que votre grand-oncle Pierre Paul Levy ait découvert le vaccin contre la diphtérie, vous arrivez, monsieur le professeur, à nous fourguer, en moins de deux mois et en bon scientifique, tout et son contraire sur ce qui ne fût rien d’autre qu’une pirouette d’État. Notons que, n’étant plus à une inconséquence près, Sibeth Ndiaye, alors porte-parole du gouvernement, affirmait : “Il n’y a pas besoin d’un masque quand on respecte la distance de protection vis-à-vis des autres”. En mai 2019, un rapport d’experts publié par Santé publique France préconisait pourtant : “En cas de pandémie, le besoin en masques est d’une boîte de 50 par foyer, à raison de 20 millions de boîtes en cas d’atteinte de 30 % de la population”, Santé publique France, dirigée par Geneviève Chêne qui, avec Sibeth Ndiaye, Olivier Veran, Édouard Philippe, Agnès Buzyn, et vous même Monsieur Salomon, vient de faire, le 15 octobre, l’objet d’une perquisition consécutive à l’ouverture d’une information judiciaire pour “abstention de combattre un sinistre”.
Obtenir la vérité, celle qui peut parfois décevoir. C’est donc ce à quoi vont s’attacher les juges en charge de ce dossier. La vérité, monsieur le directeur général de la Santé, chère à votre arrière-arrière-grand-père Alfred Dreyfus et à ceux qui l’ont fort justement défendu. La vérité qui devra sourdre de l’imbroglio politico-médical récemment éclipsé par les drames de l’actualité. La vérité, mais aussi le mensonge, deux démonstrations que la justice devra s’efforcer de démêler dans l’écheveau des consciences. Afin de nous dire, à l’heure de tous les couvre-feux et alors que même le doute ne semble plus être autorisé, qui du pouvoir, de la science et de ses intérêts dirige aujourd’hui la France.

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