Lettre à Audrey Pulvar (par Jean-Paul Pelras)

Madame,
interrogée sur la polémique suscitée par les réunions non mixtes organisées par l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), vous avez déclaré, sur BFMTV, ne pas être choquée par la tenue de ce type d’évènements. Et vous avez rajouté “S’il se trouve que vient à cet atelier une femme blanche, un homme blanc, il n’est pas question de la ou le jeter. En revanche on peut lui demander de se taire, d’être spectateur ou spectatrice silencieux.”
Candidate pour les socialistes et les radicaux à la présidence de la Région Île de France, rappelons que vous êtes adjointe à la mairie de Paris, chargée de l’alimentation durable, de l’agriculture et des circuits courts après avoir été présidente de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme entre 2017 et 2019. Et après avoir “accessoirement” essuyé quelques critiques concernant le port de lunettes en écaille de tortue dont la valeur variait, selon vous, de 3 300 euros, à 15 000 euros selon la presse et quelques défenseurs de la cause animale. Précisons enfin, et c’est sur ce terrain que nous allons nous transporter, que vous avez été journaliste, présentatrice sur des chaines privées, mais aussi sur France Télévision ou encore chroniqueuse radio.
Un métier, vous en conviendrez, chère consœur, pour lequel le verbe “taire” n’est pas vraiment approprié. Et ce, même si certains d’entre nous sont bien souvent confrontés à cette censure qui vient insidieusement sanctionner l’expression de nos libertés. Une journaliste ne peut donc, logiquement, préconiser “le silence”, que ce soit sur un plateau de télévision ou dans une réunion publique, fut-elle mixte ou non.
Beaucoup iront chercher ici quelques sentiers sur lesquels je n’ai aucune intention de me transporter. Demander aux “blancs” de se taire, c’est oublier un peu trop vite que l’on a obligé les “noirs” à le faire. Et c’est reproduire ce que l’on dénonce en cautionnant une partition qui, et nous y revenons, n’est pas digne d’une journaliste. Imaginez une émission, une table ronde comparable à celles que vous animiez sur France 3, LCI, France Inter ou chez Ruquier, avec des invités représentant plusieurs ethnies, nationalités ou obédiences. Oui, imaginez un plateau bigarré et cosmopolite où vous seriez emmenée à choisir entre celui qu’il faut “jeter” et celui qui peut parler en fonction de son appartenance.
Vous reviendrez peut-être un jour sur vos déclarations, prétextant un écart de langage, un manque de discernement, une bourde à mettre au crédit de la fatigue, du contexte, de l’empressement. Mais pour avoir passé des années, métier oblige, à tendre des pièges à ceux que vous interviewiez afin qu’ils puissent tomber tôt ou tard dans cette nasse où, justement, vous souhaitiez les emmener, nous sommes en droit de nous demander comment une journaliste, aussi aguerrie et professionnelle que vous l’êtes, a pu choir aussi facilement dans ce pitoyable filet. Un filet dont vous parviendrez, sans nul doute, à vous dépêtrer car l’entre soi “confraternel” et la mauvaise foi politicienne, dans leurs grandes compassions sélectives, auront tôt fait d’oublier cette fredaine, ce malentendu, cette dérive au demeurant si peu assertive.
Il n’en demeure pas moins, Madame, cet étrange sentiment de plus en plus répandu dans le landerneau médiatique et politique qui consiste à vouloir orienter l’opinion, calibrer la pensée, juguler l’expression. En utilisant de surcroit des prétextes qui convoquent l’histoire, les aprioris ou l’émotion. Espérons à ce titre, pour clore ce propos en empruntant une autre direction, que, considérant vos convictions écologistes, votre mission agricole à la mairie de Paris ne sera jamais étendue à l’ensemble du pays.

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