Les jours d’après…

Précautionneusement, ils ont commencé à mettre le nez dehors, ils ont entendu les messages officiels à la radio et sur les chaînes info, mais bon, ces derniers temps, ils sont un peu plus méfiants à l’égard de ce qui est annoncé. Ils se servent des réseaux sociaux pour en savoir plus mais les plus audacieux ont déjà repris le chemin de leurs bureaux, ne serait-ce que pour vérifier que tout a bien été aseptisé : on dit en effet qu’il reste quelques foyers d’infection – des quartiers bien isolés du reste de la ville par des cordons des forces de l’ordre (mais un mur serait plus efficace, le gouvernement en a le projet). C’est que les familles de ceux qualifiés de “forces vives de la Nation” doivent reprendre leurs activités, il faut donc rentrer après cette parenthèse au bon air de la campagne et déjà hâlés par les rayons du soleil printanier. Mais que ceux qui sont malades restent entre eux et ne viennent pas à nouveau bloquer le pays et son économie en venant tousser sur ceux qui sont partis se confiner dans leurs maisons secondaires !
Des sauf-conduits sont quand même prévus pour ceux de ces quartiers mis à l’écart, des équipes de nettoyage pour effacer toutes traces du virus qui resterait accroché sur les surfaces des bureaux et même des avenues. Qui d’autre pourrait faire ça, ils sont tous déjà atteints ou ne vont pas tarder à l’être et afin qu’ils ne contaminent pas les autres, on les a enfin équipés et on les désinfecte dès qu’ils mettent un pied en dehors de leur zone.
Voilà, ce gouvernement a bien travaillé au bout du compte et la vie va pouvoir reprendre son cours, même si certains vont encore se plaindre, style “gilets jaunes” (un peu décimés par le virus quand même), des inégalités sociales. Les “bons” Français ont la réponse : le virus n’est pas une affaire de classe sociale ! Que ces gens arrêtent de se plaindre et que les polémiques politiques cessent, disent les rescapés qui peuvent enfin se retrouver dans leurs cafés et réécrire l’histoire…

Mais aujourd’hui…
La première semaine de confinement décidée par le gouvernement est passée, marquée par les incohérences des messages gouvernementaux. Les Français ont fait des provisions en début de période, ça devrait encore suffire. Peut-être un petit tour à la supérette du coin, histoire d’assurer une troisième semaine ? Râler parce que quand même, cette caissière a toussé dans son coude mais a continué de toucher les produits qu’on avait mis sur le tapis pour les scanner : bon, elle avait des gants mais les avait-elle changés ? Et ces éboueurs qu’on a croisé dans la rue quand on faisait un petit jogging comme l’a autorisé le gouvernement ? Rien, ils n’avaient rien pour nous protéger ! En plus, ils passent dans les coins populaires de la ville où les gens s’entassent à dix ou douze dans des petits appartements insalubres et ne restent pas enfermés chez eux : qui dit qu’au passage, les bennes, qui ne sont pas désinfectées d’un quartier à l’autre, ne propagent pas cette saleté ? Alors oui, tous les soirs à 20 h, on applaudit les personnels soignants, en première ligne, en reconnaissant leur rôle primordial, leur dévouement et leur conscience et en découvrant peut-être que leurs grèves et leurs cris d’alarme depuis des mois, voire des années, étaient fondés. Il faudra s’en rappeler !
Mais se rend-on compte aussi de toutes ces personnes qui font tourner le pays ? Toutes ces personnes qui font que nous trouvons sans problème de quoi nous alimenter, les agriculteurs, les artisans boulangers, bouchers… Tous ces métiers qui sont à notre service, ceux qui nettoient nos rues et vident nos poubelles, qui montent dans les camions pour acheminer les marchandises, qui manipulent les cartons et les palettes pour remplir les rayons des magasins, qui veillent au respect des autres, policiers, gendarmes et militaires qui, selon leur ministre, seraient immunisés (…). Tous ceux là, les “petites mains”, les moins rémunérés, les moins bien logés, les plus endettés et les moins considérés, qui prennent, la peur au ventre, les transports publics, tôt le matin, en laissant les enfants seuls à la maison pour venir nous servir. Nous dépendons tous d’eux et si notre pays tient, c’est grâce à eux. Ne les oublions pas les jours d’après !

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