Le trou du cul derrière l’oreille

Le premier janvier, vous irez faire le plein d’essence et vous n’aurez peut-être pas le réflexe de vous dire que, si les tarifs n’ont pas augmenté, c’est grâce à l’action des gilets jaunes. Plus globalement, dans les semaines qui vont suivre, vous oublierez que, si le gouvernement a freiné ses ardeurs fiscales, c’est certainement car des milliers de citoyens se sont gelés les miches sur les ronds-points pendant plusieurs semaines. Et ce alors que beaucoup, par ailleurs et non sans une certaine condescendance, trouvaient ce mouvement un peu trop “populiste”, un peu trop “réactionnaire”, un peu trop “poujadiste”. En un mot : un peu trop “populaire”. Voyez d’ailleurs ce qu’écrivit à ce titre le sociologue Louis Chauvel dans Le Monde du 6 décembre : “Le « ressenti ment » est un lacanisme souvent utilisé pour dénier le fondement réel du malaise social exprimé par les classes moyennes intermédiaires, cet ensemble social dont le revenu net avoisine idéalement 30 000 à 40 000 euros pour une famille complète. Bénéficiant objectivement d’un bien-être matériel sans précédent par rapport au sort des générations passées, elles devraient reconnaître leur fortune présente. Ses membres partent en général deux fois en vacances par an, alternant baignades et sports d’hiver – en évitant Ramatuelle (Var) et Courchevel (Savoie). Leurs supermarchés regorgent de marchandises abordables qui auraient fait le bonheur des anciens…”

“Une population peu éduquée issue de la paysannerie et du prolétariat…”
Qui mieux que ce penseur des temps modernes, professeur à l’université du Luxembourg et, entre autres, ancien élève de l’École nationale de la statistique et de l’administration économique, pouvait se fendre d’une tribune aussi affligeante dans un journal qui, simple rappel, appartient, entre autres, au milliardaire Xavier Niel ? Un texte où l’auteur précise également : “Les « trente glorieuses » ont bénéficié à une population peu éduquée, issue de la paysannerie et du prolétariat, majoritairement marquée par les privations, la crise, les guerres…” Les proches de Macron et leurs portes pipes, pour certains frappés d’amnésie politicienne, ont d’ailleurs trouvé ici la tribune idéale à dupliquer sans modération. Cette tribune certainement plus facile à partager sur les réseaux sociaux qu’à lire à haute voix sur les ronds-points de la dite contestation. Ou encore dans ces usines qui plient boutique pour mieux boursicoter, dans ces arbres où quelques paysans viennent accrocher leur corde, dans ces épiceries où, discrètement, l’on demande si l’on peut payer à crédit, dans ces familles où, si l’on mange moins de viande, ce n’est pas pour faire comme les bobos, mais car certains ne peuvent plus se la payer. Loin, bien loin de ces “savants” endimanchés qui, du côté de Paris, vont toujours chercher le trou du cul derrière l’oreille pour expliquer au bon peuple (dont ils ont peur) qu’il devrait arrêter de se plaindre. Et se contenter de regarder ce qu’il n’a pas les moyens d’acheter.

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