Le prix du danger !

“Restez chez vous !” et “Allez travailler !” Voilà, pour faire court, ce que dit le message du moment. Étrange dilemme qui relève de la quadrature du cercle.
Nous avons d’un côté des infirmières, des médecins, des policiers, des chauffeurs routiers, des caissières, des agriculteurs, des pêcheurs, des pharmaciens, des pompiers, des magasiniers, des journalistes, des facteurs… Qui doivent, car l’effort de “guerre” l’exige, continuer à soigner, à protéger, à produire, à informer, à fournir. Et, de l’autre, ceux qui doivent rester confinés car ils peuvent travailler depuis leur domicile ou car leurs entreprises, leurs administrations ont suspendu leurs activités.
“1 000 euros de primes” (à la charge de l’employeur) préconise le ministre de l’Économie. “Je suis scandalisée de voir que la CAPEB a écrit à tous les artisans d’Auvergne Rhône Alpes en disant « Arrêtez tous les chantiers »” surenchérit la ministre du Travail depuis son confinement ministériel, alors que le président de la République, depuis son confinement élyséen, en appelle à “la responsabilité civique des entreprises pour poursuivre leurs activités lorsque cela est possible.” Avant d’insister sur : “L’importance pour les salariés des entreprises qui se sont mises en conformité avec les règles sanitaires d’aller travailler sur les sites de production…”
Bon, nous sommes d’accord. Mille fois d’accord. Si le pays ne produit plus c’est la guerre, civile cette fois ci. Celle qui pourrait nous transporter, in petto, de la pandémie vers la pénurie, avec son lot de pillages et d’exactions, vers le chaos. Mille fois d’accord avec le premier d’entre nous quand il parle de “règles sanitaires”. Sauf que, bien souvent, elles ne peuvent être mises en place ou adaptées par manque de moyens de protection.

À bien y regarder, il existe désormais deux France
Dans ces conditions, que pèsent 1 000 euros s’il faut y laisser sa peau ? Que pèsent, alors que beaucoup vont travailler la peur au ventre, les injonctions suffisantes de madame Pénicaud ? Soyons clairs, s’il faut mettre en place le “travail obligatoire” comment pourra-t-on expliquer aux familles qui auront perdu un proche sur le front du boulot qu’il est mort pour nourrir ceux qui sont restés chez eux bien à l’abri et bien au chaud ? Ou pourquoi les cols blancs s’en seront sortis alors que les cols bleus, pour certains, y auront laissé leur vie ?
À bien y regarder, il existe désormais deux France. Celle de ceux qui, pour s’occuper, pratiquent le yoga dans leur salon ou font un marathon sur leur balcon. Et celle de ceux qui vont bosser pour que les autres puissent guérir et s’alimenter en toute sécurité.
Insoluble ? Peut-être. Et c’est bien toute la difficulté de cette crise avec ses paradoxes et ses contradictions. Qu’un enseignant reste chez lui car les établissements scolaires sont fermés et qu’il doive dispenser des cours à distance, nous pouvons le comprendre. Qu’il ne soit pas obligé d’aller conduire un camion, soigner un patient ou tenir la caisse d’un supermarché, nous pouvons le comprendre aussi, car ce n’est pas son métier. Mais que l’infirmière, le chauffeur et la caissière ne puissent pas prétendre, en 2020, à ce minimum de protection que lui doit la société, c’est inacceptable.
C’est sur ce point, sur cette infime (pour ne pas dire dérisoire) solution, que pourrait reposer le maintien de notre économie. Car, de surcroit et contrairement aux entreprises du secteur public, le secteur privé doit maintenir son activité pour ne pas avoir, quoi que le gouvernement promette, à déposer le bilan d’ici la fin de l’année.
En résumé, la solution passe par “la protection”. Mais aussi par le respect. Que ceux qui n’ont rien à foutre dans la rue, ni ailleurs, restent chez eux, ils feront leur jogging au mois de juillet.
Et puis, qu’on se le dise, leurs petits assouplissements matinaux passent, aux yeux de ceux qui comptent les morts dans les hôpitaux ou qui prennent tous les risques au volant de leurs camions, pour une insupportable provocation.

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