Le Monopoly des bonnes consciences

Prenez deux réunions. L’une qui parle d’écologie, l’autre d’économie. Concernant la première, vous ne rencontrerez aucune difficulté pour faire venir quelques célébrités habituées à payer de leur personne dès qu’il s’agit de défendre l’environnement. Parmi lesquelles une ministre du Travail, quelques patrons de presse et à peu près tout ce compte la galaxie du commerce verdoyant, car “Le monde nouveau” est avant tout un monde qui se vend ! Et qui se vend plutôt bien puisque, de l’énergie nucléaire à la grande distribution, en passant par le tourisme, les fringues, l’habitat, la bagnole et les croquettes pour chien, plus personne ne doit passer à côté de ces pratiques vertueuses sous peine d’être traité, osons le mot, de salaud.
Reste à savoir comment se comportent, au quotidien et entre deux voyages en aéroplane, tous ces donneurs de leçons. Avec quel shampoing prennent-ils leur douche, avec quel détergent font-ils (ou font-ils faire) leur ménage et leur lessive, tirent-ils la chasse uniquement tous les quatre ou cinq pipi-caca, quel carburant utilisent-ils pour se déplacer, quelle énergie pour se chauffer, pour faire fonctionner leurs téléphones portables et leurs climatisations ? Se transportent-ils sur le théâtre politico-médiatique en trottinette ? Dorment-ils sous la tente ou descendent-ils, avant de donner leurs conférences, dans des 4 étoiles aux frais de ce contribuable qui culpabilise pendant que d’autres jouent au Monopoly avec leurs consciences ?
Arrive ensuite la seconde occurrence celle qui concerne “Le monde réel”. Celui de ceux qui n’ont pas de temps à perdre car ils ont suffisamment de mal à le gagner.

“L’Agri commence à nous emmerder avec ses débats à la con sur les distorsions de charges”
Évoquons, à ce propos, ces réunions où il faut parler d’économie et des distorsions qui affectent nos entreprises jusqu’au point de non-retour. Une conversation plus difficile à tenir car, pour certains, devenue insoutenable.
“L’Agri commence à nous emmerder avec ses débats à la con sur les distorsions de charges. Il faut passer à autre chose. Si les paysans et les artisans n’y arrivent plus, ils n’ont qu’à faire du bio, vendre en circuit court, chercher des niches, travailler leur image, s’adapter ou changer de boulot”. Voilà ce que dit la petite musique du moment entonnée par quelques troubadours d’opérette qui n’ont jamais été confrontés à la dure réalité de l’offre et de la demande et qui oublient un peu vite qu’ils sont les tenants et les héritiers d’une politique désastreuse. Celle qui, depuis un quart de siècle, fait tout pour minorer l’impact du libre-échange entre la France et certains pays comme le Maroc où, du côté du Sahara Occidental, des êtres humains récoltent pour moins de 5 euros par jour des tomates vendues dans nos supermarchés européens. Où, dans le Sud de l’Espagne les salariés, sous les serres andalouses, sont payés 4 euros de l’heure.
Voilà qui pourrait être dénoncé par les grands penseurs du moment. Ceux qui viendront, dans quelques jours au Medfel, temple de l’importation des fruits et légumes, couper les rubans. Voilà où les écologistes pourraient venir débattre et s’indigner sur les pratiques culturales de nos concurrents, sur les normes à géométrie variable concernant l’utilisation des pesticides, sur la pollution que suscite le transport longues distances des denrées, sur l’exploitation de l’homme par l’homme… Loin bien loin des smart-cities, des fade lab, des master class, des patchs métiers et de toutes ces conneries qui amusent la galerie pendant que le reste du monde est en train de nous bouffer !

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