L’assurance agricole en question

©Yann Kerveno

Bien que critiqué, le système assurantiel actuel sauve des exploitations, mais des améliorations sont attendues avec la prochaine PAC.
Lors de sa venue dans l’Aude le 4 février dernier, le ministre de l’Agriculture a assuré qu’il serait le ministre qui fera bouger les lignes sur le dossier de l’assurance agricole, vieux serpent de mer. Toutefois, à la faveur de la réforme de la PAC des modifications pourraient être introduites pour améliorer un système largement critiqué. “Dans les Pyrénées-Orientales, les vignerons sont assez peu sensibles aux questions d’assurance” selon Gérard Majoral, président de Groupama.
Dans l’Aude, au contraire, mais peut-être ont-ils été moins épargnés par les éléments ces 20 dernières années, le taux de couverture est très important, un des plus importants de France. “Aujourd’hui, ce que nous constatons dans le département, c’est que les vignerons ne se contentent plus de la police « socle » pour assurer leurs vignes” témoigne Nicolas Assemat, président de Groupama Aude. En 2016, la branche audoise du groupe mutualiste revendiquait assurer 1 400 vignerons dans le département pour plus de 20 000 hectares. Plusieurs reproches sont faits au système assurantiel actuel, qui justifient les propos du ministre de l’Agriculture, comme ceux de ces prédécesseurs. Il y a d’abord le prix des polices, réputées trop onéreuses par la profession eu égard au risque encouru et à la trésorerie des exploitations. Des aides avaient été mises en place mais elles ont vite été décriées par leur manque d’ambition, 100 M €, et par les… retards de paiement.

Modalités de calcul
Dans la liste des récriminations contre le système actuel viennent ensuite les modalités de calcul des indemnités en cas de sinistre grêle, gel ou sécheresse. Actuellement, les indemnités sont calculées sur la base d’une perte de récolte évaluée en “moyenne olympique”. C’est-à-dire sur la moyenne des cinq dernières années moins la récolte la plus importante et moins la plus faible. Donc une moyenne calculée sur trois récoltes. Le hic, comme dans l’Aude, c’est que les accidents se répètent d’année en année et que sur les cinq dernières années, une seule a été considérée comme “normale”. Les calculs sont donc menés sur des bases de rendements bien inférieures à la normale. Ajoutez à cela que l’indemnisation ne couvre, au final, que la perte de récolte, pas la perte de valeur ajoutée induite par la perte de la récolte (un vigneron indépendant perd toute la valeur créée par la vinification), plus le montant de la franchise, 20 à 30 % des dégâts, et vous obtenez un cocktail qui rend, au final, l’assurance peu attractive.
Certains vignerons ont toutefois sauté le pas et s’équipent de polices qui couvrent aussi les pertes de valeur ajoutée. La balle est maintenant dans le camp des négociateurs de la prochaine politique agricole commune. La profession viticole plaide pour un système plus adapté et moins onéreux.

Dans la prochaine PAC
Interrogé à ce sujet il y a quelques mois, Ludovic Roux (cave de Talairan) estimait même qu’il faudrait rendre l’assurance “obligatoire”, même s’il sait que c’est impossible dans le cadre européen. “Il faut que nous trouvions les moyens de la rendre accessible au plus grand nombre. Avec une assiette plus large elle serait ainsi plus accessible. Ensuite, il faut aussi aller vers une assurance économique, travailler à un fonds de mutualisation pour créer un fonds de garantie de marge, c’est ce vers quoi il faut que nous arrivions avec la nouvelle politique agricole commune ». Dans l’Aude, ces dernières années ont laissé des traces : “Les esprits sont en train de changer sur ce sujet depuis deux ans. Quand on voit ses voisins forcés de mettre la clé sous la porte à cause de ces accidents climatiques, ça fait réfléchir.” La PAC n’a plus qu’à en tenir compte.

Yann Kerveno

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