L’antidote : Se souvenir des bons moments « Les Œufs mimosa » (Par Jean-Paul Pelras)

« Les grands-mères, c’est comme les mimosas. C’est doux et c’est frais. Mais c’est fragile. Un matin, elles ne sont plus là. » C’est Fernandel, dans Naïs, qui prononce cette phrase tirée d’un texte de Pagnol intitulé l’Histoire du petit bossu. Une entrée en matière intéressante pour évoquer un hors d’œuvre qui vous rappellera certainement un plat typiquement familial, souvent préparé par celles qui sont désormais parties pour trop longtemps. La table, souvenez-vous, était toujours recouverte avec la nappe des dimanches, les serviettes brodées au point de croix étaient posées sur l’assiette en porcelaine de Limoges, achetée au camion qui arrivait de Saint Étienne ou bien de Carpentras. Le muscat venait d’une bouteille qui avait été remplie des dizaines de fois. Des œufs, des tomates, des cœurs de palmier, à la rigueur quelques anchois. Et, sur la mayonnaise, la petite chapelure de jaunes émiettés. C’était toujours un peu avant le printemps, pour les Rameaux ou pour Pâques. Avec le gigot ou le rôti – haricots verts, ce plat faisait l’unanimité. Tout comme la salade de fruits ou l’île flottante servie dans des ramequins en pyrex gagnés chez Lesieur. C’était pas grand-chose. Non, mais c’était si important pour celles qui avaient passé tout le matin à préparer le repas. Comme une façon de se rendre utile et de nous faire plaisir, peut-être pour la toute dernière fois. Voilà pourquoi nous n’oublierons jamais la petite cuisine en formica, la huche à pain sur le buffet, le napperon sur la télé, le calendrier des postes, le rayon de soleil sur la Rosière mauve et ce plat en inox qui contenait les œufs mimosas.

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