L’antidote : Se souvenir des bons moments « La dynamo de la bicyclette » (Par Jean-Paul Pelras)

Vous l’aurez remarqué, j’ai bien dit bicyclette et non VTT, VTC ou autre BMX. Abréviations bon chic, bon genre qui vous font passer pour un pro de la pédale et du rayon en liquette moulante fluo sur le bitume des départementales ou dans la fange des chemins vicinaux. La bicyclette, car ce nom évoque à lui seul l’insouciance champêtre de nos jeunes années, la pince à linge pour tenir les pattes d’ef, le journal sous le tricot, la plaque d’immatriculation sur le guidon, la chanson de Montand et, bien sûr, nous y venons, le bruit de la dynamo. Parce que, ce petit bruit, c’est l’histoire de nos solitudes, quand nous roulions dès la nuit tombée pour nous rendre à la ferme du grand-père ou sous le balcon de quelques dulcinées. Souvenez-vous de cette petite bouteille placée contre la roue, de son bouton poussoir et de sa molette qui ronronnait contre le caoutchouc, alors que nous avancions sur les chemins de traverse ou dans le crible ensoleillé des frondaisons.  Dynamo, compagne de route qui berçait nos réflexions et nous aidait à abolir les kilomètres. Magie du frottement qui permettait de poursuivre notre chemin dans le sillage d’un timide faisceau lumineux. Frénésie d’une accélération dans la douceur sirupeuse d’un soir. Discret déplacement dans l’odeur chaude du goudron, sous les branches torturées des frênes alignés comme des soldats sur l’Aubrac ou dans le feulement de ces roseaux qui, dans le Midi, servent d’abri aux couleuvres. Le village se tait, une lueur dans la nuit, la bicyclette  passe. J’entends la dynamo, le bruit de la chaîne. Et je sais forcement qui conduit le vélo.

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