L’antidote : Se souvenir des bons moments « Etre au monde » (Par Jean-Paul Pelras)

Giono disait : « Le monde est là où nous nous trouvons » Et pourtant nous ressentons bien souvent l’irrépressible besoin de nous transporter ailleurs, vers ces contrées où la vie semble plus facile, où l’espace semble avoir signé un pacte avec le temps pour qu’il s’y écoule un peu moins vite. Et puis, il y a ce monde d’où nous venons. Celui qui tient bien souvent dans quelques cartons où les orages de la vie nous ramènent parfois au gré des bibelots oubliés et de ces lettres que nous n’avons jamais osé poster. Le monde, c’est ce train qui file dans le soir quelque part sur l’Aubrac alors que nous suivons, enfants, au début des années 70, équipés de drapeaux rouges offerts par la Mutualité Sociale Agricole, un troupeau de génisses un peu affolé. Le monde, c’est un livre d’Asterix, « Le devin » je crois,  offert pour mes neuf ans et lu en un après-midi d’octobre, adossé à la porte moustiquaire de la maison familiale qui donne sur la rue. Le monde, c’est cette boite de thon à la tomate que nous avons ouvert avec mon père à l’abri des oliviers par un beau matin d’hiver sur ces garrigues où il ne manquait que trois rangées de souches à tailler. Le monde, c’est ce voyage à Wroclaw pour que deux enfants puissent connaître un autre monde, ce sont ces mots gravés sur les marches de l’église Santa Croce de Florence. Mots repris en exergue de son journal intitulé « Se perdre » par la romancière Annie Ernaux : « Voglio vivere una favola »  (Je veux vivre un conte) Parce que c’est ce que nous nous disons tous, en définitive, avant de ne plus être un jour, tout à fait au monde.

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